France (Lot) : La tombe du capitaine Labrousse

De Histoire de Chine

Cet article est une contribution du Souvenir Français de Chine. → Visitez le site du Souvenir Français LSF-trans.png

rédigé par David Maurizot

Les tombes improvisées durant le siège dans un coin du jardin de la Légation d’Angleterre

Tué le 12 août 1900 lors du siège des légations à Pékin, le capitaine Labrousse est enterré le lendemain matin, 13 août, dans le cimetière improvisé de la légation d’Angleterre. L’écrivain Pierre Loti, arrivé sur les lieux peu après la fin du siège décrira ce « "cimetière", c’est-à-dire le coin de jardin qu’ils [les assiégés] avaient adopté pour y grouper leurs morts […]. Un lamentable petit cimetière, au sol foulé et écrasé dans les combats à bout portant, aux arbustes fracassés, hachés par la mitraille. »

Première translation : au Pei-Tang[1]

Rapidement après l’issue du conflit, les autorités françaises souhaitent rassembler leurs morts dans un cimetière permanent afin de leur rendre correctement les honneurs et de maintenir leurs souvenirs. M. Pichon, Ministre de France (équivalent d’ambassadeur aujourd’hui), et le général Voyron, Commandant du corps expéditionnaire français, décident ainsi de regrouper dans un même lieu les morts du siège des légations et ceux du siège du Pei-Tang – la cathédrale à l’ouest de la cité impériale, qui comme les légations, avait subi un terrible siège. Un terrain situé au nord de cette cathédrale, dans l’enclos du Jen Se Tang[2], est alors choisi. Il prendra rapidement le nom de « cimetière du Pei-Tang » ou « cimetière français », et sera sous la responsabilité des autorités militaires françaises.

14 mars 1901, M. Pichon, Ministre de France, prononce un discours en hommage aux victimes françaises du siège des légations et du Pei-Tang[3]

Ainsi, le 8 mars 1901 de neuf heures du matin à six heures du soir, le corps du capitaine Labrousse est exhumé du cimetière provisoire de la légation d’Angleterre, avec trois matelots du Descartes et deux civils volontaires (l’un était attaché aux Douanes impériales chinoises, l’autre interprète à la Compagnie Franco-belge du chemin de fer de Pékin à Hankéou). Durant le siège, ils « avaient été inhumés à même le sol, puis recouverts d’une couche épaisse de chaux vive. » L’exhumation fut particulièrement difficile : « Malgré la présence de témoins qui les avaient connus pendant les derniers jours de leur vie, aucun des exhumés n’a pu être reconnu de manière positive, et nous avons dû nous contenter, pour établir leur identité, des renseignements fournis par la Légation d’Angleterre, appuyés d’un plan exact du cimetière, indiquant la place à laquelle les corps dont il s’agit avaient été inhumés. Des débris de vêtements, parfaitement reconnaissables, ainsi que les boutons d’uniformes qu’ils présentaient encore nous ont en outre permis d’affirmer, qu’en chacune des fosses désignées, reposait respectivement, le corps de chacun des défunts plus haut mentionnés. » Les exhumés sont ensuite placés dans un cercueil de sapin pourvu d’une inscription indiquant leur identité et grade.[4]

Deux jours plus tard, le matin du 10 mars, les cercueils sont placés sur des affûts de canon et recouverts de drapeaux, de verdure et de fleurs. Ils sont transportés sous escorte d’honneur jusqu’au cimetière.[5]

Après l’exhumation des autres victimes du siège des légations et de ceux du siège du Pei-Tang, le 14 mars à partir de dix heures du matin ont lieu les funérailles officielles. Dans le cimetière, tous les cercueils sont déposés sous une tente où l’on a dressé un catafalque. L’absoute est donnée par le plus ancien des aumôniers militaires présents à Pékin. Le Ministre Pichon prononce un discours poignant. Les honneurs militaires sont rendus. Enfin, dans un lourd silence, les cercueils sont un à un descendus dans les tombes.[6]

Seconde translation : à Comiac dans le Lot

La tombe du capitaine Labrousse à Comiac, été 2022[7]

Cependant la dernière demeure du capitaine Labrousse ne sera pas Pékin. Sa famille va demander à rapatrier en France les cendres du défunt – fait relativement rare à l’époque. A Comiac dans le Lot, sa région natale où réside ses parents, une tombe est spécialement préparée pour lui : isolée, elle se trouve à l’entrée du village à l’intersection du chemin de Mamoul et de la route de Teyssieu, derrière la croix dite « de Bertrandes. » L’enfant du pays, héros du siège des légations de Pékin, y est inhumé, près des siens, le 11 janvier 1907[8].

Ainsi, contrairement aux tombes de ses camarades restés inhumés à Pékin, sa sépulture sera sauvée du saccage et de la folie des gardes rouges. Néanmoins oubliée par la force du temps, elle est aujourd’hui abandonnée. En mai prochain, le Souvenir Français, dans le cadre de la journée civique et citoyenne de dix jeunes, va la restaurer.

Sources

  • Archives de l’Ambassade de France en Chine.
  • Pierre Loti, Les derniers jours de Pékin, Calmann Lévy, 1901.
  • La Croix des Marins.
  • Comiac et son histoire, Association « Les Amis de Comiac », 2002.

Références

  1. Aujourd’hui en transcription pinyin : Beitang (北堂) pour « église du nord ». On écrivait aussi Pé-tang, Peitang, etc.
  2. Aujourd’hui en transcription pinyin : Ren Ci Tang (仁慈堂) pour « maison de la miséricorde ».
  3. L’Illustration, 25 mai 1901.
  4. Procès-verbal constatant l’exhumation et la réinhumation des restes des soldats et volontaires tués pendant le siège de Pékin, Archives de l’Ambassade de France en Chine, 15 mars 1901.
  5. La Croix des Marins, L’inhumation des soldats français morts pendant le siège des légations, n°370, 5 mai 1901, page 1.
  6. Ibid.
  7. © Nicolas Savy
  8. Comiac et son histoire, Numéro 1, Association « Les Amis de Comiac », 2002, page 9.