Japon : Le carré français du cimetière international de Sakamoto à Nagasaki

De Histoire de Chine

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Rédigé par Matthieu Séguéla, Délégué général du Souvenir français au Japon

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Au Japon à Nagasaki, le cimetière international de Sakamoto abrite les dépouilles de 40 marins décédés en 1900-1901 dans le cadre de la Guerre des Boxers en 1900.

Dès le début du conflit, la Société de Secours aux Blessés Militaires, organe de la Croix-Rouge française, envoie à Takou (Dagu) en Chine une ambulance sur un bateau-hôpital (le Notre-Dame-du-Salut, un navire de la Marine) et installe un hôpital à Nagasaki au Japon. Dirigée par M. de Valence, délégué de la Croix-Rouge, cette mission médicale va assurer 28.688 journées d'hospitalisation, tant sur le bateau-hôpital que dans l’hôpital de Nagasaki. Sur les 862 malades ou blessés soignés, 40 décèdent.

Dans un premier temps, les corps sont disséminés dans le cimetière international de Nagasaki. L’initiative de regrouper les dépouilles dans un « carré militaire » français revient au responsable des délégués de la Croix-Rouge qui a laissé ce témoignage :

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« Émus d'un tel abandon, vos délégués jugèrent de leur devoir de faire donner à ces morts une sépulture digne d'eux et du pays pour lequel ils étaient tombés. L'appel qu'ils adressèrent autour d'eux fut entendu. La Société de Secours aux Blessés militaires fit l'acquisition du terrain, le Souvenir français se chargea du monument, l'Amiral enfin accorda le crédit nécessaire à l'acquisition de l'entourage et des tombes. Les corps de trente-quatre marins ou soldats, qui reposaient dans le cimetière international, furent exhumés et transportés dans le terrain concédé. Le 5 juillet, tout était prêt; ce même jour eut lieu l'inauguration du cimetière. Contrariée par le temps, qui ne permit pas à l'Amiral [Édouard Pottier] de la présider lui-même, la cérémonie répondit cependant au double but que s'étaient proposé les promoteurs de l'Œuvre, donner à nos morts une sépulture chrétienne et montrer aux habitants de ces contrées lointaines comment la France sait honorer la mémoire de ses enfants. La bénédiction du cimetière fut faite par le Père Salmon, vicaire général de Nagasaki, aumônier de la Croix Rouge. Le monument et les tombes disparaissaient sous les fleurs. Quelques paroles prononcées par le consul de France, votre délégué et le chef d'état-major de l'escadre, représentant l'Amiral, terminèrent la cérémonie, à laquelle assistaient, avec la colonie française, les autorités civiles et militaires de Nagasaki.[1]»

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À son retour en France, M. de Valence fait éditer un plan dépliant du cimetière français de Nagasaki, avec les noms et emplacement de 35 militaires sur 40 qui y reposent, de même que leurs fonctions, lieux de naissance, dates de naissance et de décès. En 1901, un ouvrage est édité sur l’ensemble de l’action de la Croix-Rouge français en Chine et au Japon[2]. Une place importante est consacrée au cimetière de Nagasaki présenté comme ayant été « créé en 1901 par les soins de la Société de Secours aux Blessés Militaires, avec le concours du "Souvenir Français" et de la Marine. »

En complément, on se doit de signaler la présence dans le cimetière français de deux tombes où reposent des Annamites. Une première sépulture rassemble les dépouilles de quatre hommes qui ont participé à la guerre des Boxers sans que l’on sache si leur statut était civil ou militaire. Une autre tombe abrite le corps de Tran Van Co qui travaillait sur un bateau et est mort d’une maladie lors du passage de son bateau à Nagasaki. D’après Mme Odile Watanabe, une compatriote correspondante du Souvenir français à Nagasaki, ces deux tombes sont entretenues par la France comme celles des marins français.

Références

  1. « La Croix-Rouge en Chine », La Revue de Paris, Paris, janvier-février 1902.
  2. Croix-Rouge Française, La Société de secours aux blessés militaires des armées de terre et de mer en Chine, 1900-1901, Paris, Au siège de la Société, 1901, 136 p. Autre source : Lane Earns, Brian Burke-Gaffney, Across the Gulf of Time: The International Cemeteries of Nagasaki, Nagasaki, Nagasaki Bunkensha, 1991.