« La Seconde Guerre mondiale à Shanghai » : différence entre les versions
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'''Rédigé par Pierre Clavequin''' | '''Rédigé par Pierre Clavequin''' | ||
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== Le début des hostilités == | == Le début des hostilités == | ||
La Seconde Guerre mondiale débute en Asie le 7 juillet 1937, lorsque le Japon utilise l'incident du pont Marco Polo pour continuer sa politique expansionniste en Chine initiée au début des années 30. La guerre est officiellement déclarée le 28 juillet, la ville de Pékin est conquise le 7 août, et les combats commencent à Shanghai le 13 août et durent jusqu'au 26 novembre 1937, lorsque les troupes chinoises se retirent pour tenter de défendre la capitale, Nankin, qui tombera un peu plus tard. Les combats à Shanghai sont particulièrement âpres, au corps à corps et rue par rue, et sont marqués par des pertes lourdes dans les deux camps. Au niveau humanitaire, cette période est marquée par l'instauration de la zone Jacquinot<ref>Voir notre article sur [[Le Révérend Père Jacquinot : le bon samaritain de Shanghai]] et notre podcast avec Jean-Luc Pinol sur la [[Entretien avec Jean-Luc Pinol, Shanghai 1937, la Zone Jacquinot|Zone Jacquinot]]</ref>, du nom du prêtre ayant créé la première zone humanitaire de l'histoire afin d'épargner les civils fuyant les combats. Pour les concessions étrangères de Shanghai, commence alors une période qui sera surnommée plus tard le Gūdǎo (孤岛 | La Seconde Guerre mondiale débute en Asie le 7 juillet 1937, lorsque le Japon utilise l'incident du pont Marco Polo pour continuer sa politique expansionniste en Chine initiée au début des années 30. La guerre est officiellement déclarée le 28 juillet, la ville de Pékin est conquise le 7 août, et les combats commencent à Shanghai le 13 août et durent jusqu'au 26 novembre 1937, lorsque les troupes chinoises se retirent pour tenter de défendre la capitale, Nankin, qui tombera un peu plus tard. Les combats à Shanghai sont particulièrement âpres, au corps à corps et rue par rue, et sont marqués par des pertes lourdes dans les deux camps. Au niveau humanitaire, cette période est marquée par l'instauration de la zone Jacquinot<ref>Voir notre article sur [[Le Révérend Père Jacquinot : le bon samaritain de Shanghai]] et notre podcast avec Jean-Luc Pinol sur la [[Entretien avec Jean-Luc Pinol, Shanghai 1937, la Zone Jacquinot|Zone Jacquinot]]</ref>, du nom du prêtre ayant créé la première zone humanitaire de l'histoire afin d'épargner les civils fuyant les combats. Pour les concessions étrangères de Shanghai, commence alors une période qui sera surnommée plus tard le Gūdǎo (孤岛 signifiant îlot solitaire) parce qu’elles forment désormais une enclave préservée des combats et encerclée par les forces japonaises, situation qui perdurera jusqu'à l'attaque de Pearl Harbor en décembre 1941. | ||
Les victoires japonaises de 1937 laissent un pouvoir politique vacant dans les zones occupées. Les Japonais mettent du temps à trouver des personnalités de premier plan acceptant de collaborer avec eux. Ce n'est qu'en 1940 que Wang Jingwei, Zhou Fohai et Chen Gongbo, trois transfuges de Chongqing où s'est replié le gouvernement officiel de la République de Chine, acceptent de former le gouvernement de Nankin. Ce sont trois figures connues du monde politique chinois, Wang Jingwei étant un ancien proche collaborateur de Sun Yat-Sen, le père de la république chinoise, alors que Zhou Fohai et Chen Gongbo étaient des membres fondateurs du Parti communiste chinois passés à l'aile gauche du Kuomintang, donnant ainsi une crédibilité à ce nouveau gouvernement. | Les victoires japonaises de 1937 laissent un pouvoir politique vacant dans les zones occupées. Les Japonais mettent du temps à trouver des personnalités de premier plan acceptant de collaborer avec eux. Ce n'est qu'en 1940 que Wang Jingwei, Zhou Fohai et Chen Gongbo, trois transfuges de Chongqing où s'est replié le gouvernement officiel de la République de Chine, acceptent de former le gouvernement de Nankin. Ce sont trois figures connues du monde politique chinois, Wang Jingwei étant un ancien proche collaborateur de Sun Yat-Sen, le père de la république chinoise, alors que Zhou Fohai et Chen Gongbo étaient des membres fondateurs du Parti communiste chinois passés à l'aile gauche du Kuomintang, donnant ainsi une crédibilité à ce nouveau gouvernement. | ||
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== L’internationalisation des combats == | == L’internationalisation des combats == | ||
[[Fichier:L'appel du 18 Juin publié en première page du Journal de Shanghai du 20 juin 1940 png.png|vignette|L'appel du 18 Juin publié en première page du ''Journal de Shanghai'' du 20 juin 1940 ]] | [[Fichier:L'appel du 18 Juin publié en première page du Journal de Shanghai du 20 juin 1940 png.png|vignette|L'appel du 18 Juin publié en première page du ''Journal de Shanghai'' du 20 juin 1940 ]] | ||
C'est peut-être à cause de cette atmosphère délétère que la santé du Consul général de France Marcel Baudez se dégrade pendant cette période. Remplacé par Pierre Augé, il doit rentrer en France pour raison de santé le 7 mai 1940, trois jours avant le déclenchement de l'offensive allemande contre la Belgique et les Pays-Bas, prélude de la Bataille de France. Les Français de Shanghai peuvent suivre l'évolution quotidienne des combats à travers les éditions du ''[[Une brève histoire du Journal de Shanghai|Journal de Shanghai]]''. Les articles restent optimistes sur l'issue de la guerre jusqu'aux environs du 10 juin 1940, et tombent ensuite dans la résignation face à la défaite imminente et la signature de l'armistice. Néanmoins, le journal relaie les quelques brèves d'actualités portant des signaux d'espoir. L'appel du 18 juin du Général de Gaulle est publié en intégralité dans l'édition du 20 juin, le 24 juin le télégramme envoyé par les anciens combattants de Shanghai refusant l'armistice est diffusé encadré en première page et les jours suivants les appels de différentes communautés de Français de l'étranger à travers le monde à continuer les combats. Mais il publie également les différentes décisions disciplinaires prises par le gouvernement français contre de Gaulle. Cet équilibre dure le temps du changement de constitution et de la formation d'un nouveau gouvernement par le maréchal Pétain. Le ''Journal de Shanghai'' publie ainsi le 17 août 1940 en première page une ordonnance de l'Ambassadeur français en Chine Henry Cosme rappelant que les fonctionnaires qui auront pris « ''des actions incompatibles à l'union des Français seront révoqués'' ». Cette mise en garde sera suivie le lendemain par un éditorial de Georges Moresthe au titre évocateur, « ''Servir'' », puis le 27 août par une longue allocution radiodiffusée de l'ambassadeur sur la station francophone FFZ, reproduite en intégralité le lendemain en première page du ''Journal de Shanghai''. | C'est peut-être à cause de cette atmosphère délétère que la santé du Consul général de France Marcel Baudez se dégrade pendant cette période. Remplacé par Pierre Augé, il doit rentrer en France pour raison de santé le 7 mai 1940, trois jours avant le déclenchement de l'offensive allemande contre la Belgique et les Pays-Bas, prélude de la Bataille de France. Les Français de Shanghai peuvent suivre l'évolution quotidienne des combats à travers les éditions du ''[[Une brève histoire du Journal de Shanghai|Journal de Shanghai]]''. Les articles restent optimistes sur l'issue de la guerre jusqu'aux environs du 10 juin 1940, et tombent ensuite dans la résignation face à la défaite imminente et la signature de l'armistice. Néanmoins, le journal relaie les quelques brèves d'actualités portant des signaux d'espoir. L'appel du 18 juin du Général de Gaulle est publié en intégralité dans l'édition du 20 juin, le 24 juin le télégramme envoyé au gouvernement français par les anciens combattants de Shanghai refusant l'armistice est diffusé encadré en première page et les jours suivants les appels de différentes communautés de Français de l'étranger à travers le monde à continuer les combats. Mais il publie également les différentes décisions disciplinaires prises par le gouvernement français contre de Gaulle. Cet équilibre dure le temps du changement de constitution et de la formation d'un nouveau gouvernement par le maréchal Pétain. Le ''Journal de Shanghai'' publie ainsi le 17 août 1940 en première page une ordonnance de l'Ambassadeur français en Chine Henry Cosme rappelant que les fonctionnaires qui auront pris « ''des actions incompatibles à l'union des Français seront révoqués'' ». Cette mise en garde sera suivie le lendemain par un éditorial de Georges Moresthe au titre évocateur, « ''Servir'' », puis le 27 août par une longue allocution radiodiffusée de l'ambassadeur sur la station francophone FFZ, reproduite en intégralité le lendemain en première page du ''Journal de Shanghai''. | ||
[[Fichier:Le télégramme de l’Association des Ancien combattants diffusé en première page du Journal de Shanghai du 24 juin 1940.png|vignette|Le télégramme de l’Association des Ancien combattants diffusé en première page du ''Journal de Shanghai'' du 24 juin 1940 ]] | [[Fichier:Le télégramme de l’Association des Ancien combattants diffusé en première page du Journal de Shanghai du 24 juin 1940.png|vignette|Le télégramme de l’Association des Ancien combattants diffusé en première page du ''Journal de Shanghai'' du 24 juin 1940 ]] | ||
En réaction à cette normalisation vichyste, le groupe d'anciens combattants de la Première Guerre mondiale de Shanghai se réunit à plusieurs occasions au cours de l'été 1940. Ses membres les plus connus sont Roderick Egal, négociant en vin, René Pontet, directeur du Crédit Foncier d’Extrême-Orient, Charles Grosbois, inspecteur de l’enseignement et Félix | En réaction à cette normalisation vichyste, le groupe d'anciens combattants de la Première Guerre mondiale de Shanghai se réunit à plusieurs occasions au cours de l'été 1940. Ses membres les plus connus sont [[Français libre de Shanghai : Roderick Egal, gaulliste de la première heure et incorruptible|Roderick Egal]], négociant en vin, René Pontet, directeur du Crédit Foncier d’Extrême-Orient, Charles Grosbois, inspecteur de l’enseignement et [[Il était une fois... le magnat français de Shanghai|Félix Bouvier]], le propriétaire du Canidrome. Ce nouveau groupe s'appellera « ''France Quand Même'' », appellation déjà utilisée par plusieurs groupements gaullistes d'Amérique. Il mettra en place des actions de propagande gaulliste avec la publication du bulletin hebdomadaire éponyme, ainsi qu'en animant des émissions de radio sur la station anglaise XCDN, puis l’américaine XMHA, qui jouent à Shanghai un rôle comparable à celui que joue la BBC en Europe. Il organise aussi le départ de volontaires souhaitant rejoindre les Forces Françaises Libres. C'est ainsi que plus de 50 Français partiront de Shanghai, souvent par des trajets longs et en plusieurs étapes transitant par Hong Kong, les Indes britanniques, le Moyen-Orient ou l'Afrique. Ce groupe aura un soutien constant de l'ambassade britannique tant qu'elle opérera à Shanghai, et aura des bureaux à Kiangse Road puis Peking Road, dans la Concession internationale. | ||
[[Fichier:250 hommes du Régiment de l’East Surrey se sont embarqués, quittant Shanghai. Les voici, passant dans Nanking Road, escortés par la musique des troupes américaines..png|vignette|Cette photo restaurée par IA | [[Fichier:250 hommes du Régiment de l’East Surrey se sont embarqués, quittant Shanghai. Les voici, passant dans Nanking Road, escortés par la musique des troupes américaines..png|vignette|Cette photo restaurée par IA parue le 24 août 1940 en première page du ''Journal de Shanghai'' avec la légende suivante : Hier matin, 250 hommes du Régiment de l’East Surrey se sont embarqués, quittant Shanghai. Les voici, passant dans Nanking Road, escortés par la musique des troupes américaines.]] | ||
L'attaque britannique contre la flotte française à Mers el-Kébir, le 3 juillet 1940, provoque un traumatisme au sein des forces navales françaises de Shanghai comparable à celui ressenti en métropole. Les marins de la canonnière ''Francis Garnier'', stationnée sur le Bund, envisagent brièvement de riposter contre les navires britanniques mouillant à proximité. Initialement favorables au Général de Gaulle, nombre d'entre eux révisent leur position en apprenant le ralliement de l'amiral Muselier à la France Libre, cet officier souffrant d'une réputation exécrable au sein de la Marine. | L'attaque britannique contre la flotte française à Mers el-Kébir, le 3 juillet 1940, provoque un traumatisme au sein des forces navales françaises de Shanghai comparable à celui ressenti en métropole. Les marins de la canonnière ''Francis Garnier'', stationnée sur le Bund, envisagent brièvement de riposter contre les navires britanniques mouillant à proximité. Initialement favorables au Général de Gaulle, nombre d'entre eux révisent leur position en apprenant le ralliement de l'amiral Muselier à la France Libre, cet officier souffrant d'une réputation exécrable au sein de la Marine. | ||
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== Shanghai loin des combats == | == Shanghai loin des combats == | ||
Un nouveau consul français arrive à Shanghai le 23 octobre 1940 : Roland de Margerie. Cette nomination peut surprendre : pourquoi nommer un nouveau consul pendant cette période troublée à plusieurs milliers de kilomètres de Paris, alors que le consul en poste l'est depuis moins d'un an ? Il existe deux théories à ce sujet qui ne s'excluent pas. Selon la première, le gouvernement français souhaite éloigner Roland de Margerie du Général de Gaulle<ref>Guy Brossollet, ''Les Français de Shanghai'', 1849-1949, Belin 1999, p. 274.</ref>. En effet, les deux hommes s'apprécient et c'est même Roland de Margerie qui a présenté Winston Churchill au Général de Gaulle lors de la conférence de Briare tenue le 11 juin 1940. La deuxième théorie est que l'Ambassadeur de France en Chine, Henry Cosme, a voulu écarter Pierre Augé qu'il jugeait trop gaulliste<ref>Nicole BENSACQ-TIXIER, ''La France en Chine de Sun Yat-sen à Mao Zedong'', Presses Universitaires de Rennes, 2014.</ref>. Celui-ci faisait en effet partie de la toute première réunion publique de protestation contre la capitulation tenue au cercle de la police le 22 juin 1940<ref>Interview de Roderick Egal dans le ''Courrier de Chine'' daté du 21 octobre 1945</ref>.Bien que n'ayant aucune sympathie pro-allemande ou pro-japonaise, Roland de Margerie restera fidèle au gouvernement de Vichy tout au long de la Seconde Guerre mondiale, sans toutefois être aussi appliqué que son supérieur l’ambassadeur Henry Cosme qui le lui reprochera. | Un nouveau consul français arrive à Shanghai le 23 octobre 1940 : Roland de Margerie. Cette nomination peut surprendre : pourquoi nommer un nouveau consul pendant cette période troublée à plusieurs milliers de kilomètres de Paris, alors que le consul en poste l'est depuis moins d'un an ? Il existe deux théories à ce sujet qui ne s'excluent pas. Selon la première, le gouvernement français souhaite éloigner Roland de Margerie du Général de Gaulle<ref>Guy Brossollet, ''Les Français de Shanghai'', 1849-1949, Belin 1999, p. 274.</ref>. En effet, les deux hommes s'apprécient et c'est même Roland de Margerie qui a présenté Winston Churchill au Général de Gaulle lors de la conférence de Briare tenue le 11 juin 1940. La deuxième théorie est que l'Ambassadeur de France en Chine, Henry Cosme, a voulu écarter Pierre Augé qu'il jugeait trop gaulliste<ref>Nicole BENSACQ-TIXIER, ''La France en Chine de Sun Yat-sen à Mao Zedong'', Presses Universitaires de Rennes, 2014.</ref>. Celui-ci faisait en effet partie de la toute première réunion publique de protestation contre la capitulation tenue au cercle de la police le 22 juin 1940<ref>Interview de Roderick Egal dans le ''Courrier de Chine'' daté du 21 octobre 1945</ref>. Bien que n'ayant aucune sympathie pro-allemande ou pro-japonaise, Roland de Margerie restera fidèle au gouvernement de Vichy tout au long de la Seconde Guerre mondiale, sans toutefois être aussi appliqué que son supérieur l’ambassadeur Henry Cosme qui le lui reprochera. | ||
Les lois promulguées par le régime de Vichy s'appliquent à la Concession française. C'est ainsi que les lois sur le statut des Juifs d'octobre 1940 entrent en vigueur également à Shanghai. En conséquence, le président du tribunal consulaire Horace Kaufman sera destitué de son poste en décembre 1940, un mois seulement après avoir initié des poursuites contre « ''ceux qui excitaient les militaires français à la désertion'' », c'est-à-dire au départ pour les armées du Général de Gaulle. Double ironie de l'Histoire, il se vantait avant la guerre d'avoir obtenu ce poste grâce à l'appui politique de Pierre Laval, qui fut avocat avant de devenir ensuite président du Conseil en 1931. | Les lois promulguées par le régime de Vichy s'appliquent à la Concession française. C'est ainsi que les lois sur le statut des Juifs d'octobre 1940 entrent en vigueur également à Shanghai. En conséquence, le président du tribunal consulaire Horace Kaufman sera destitué de son poste en décembre 1940, un mois seulement après avoir initié des poursuites contre « ''ceux qui excitaient les militaires français à la désertion'' », c'est-à-dire au départ pour les armées du Général de Gaulle. Double ironie de l'Histoire, il se vantait avant la guerre d'avoir obtenu ce poste grâce à l'appui politique de Pierre Laval, qui fut avocat avant de devenir ensuite président du Conseil en 1931. | ||
Au début de l'année 1941, Jean Reynaud et Roderick Egal encouragent plusieurs marins de la canonnière ''Francis Garnier'' à faire défection. Si encourager le départ de civils laisse indifférentes les autorités consulaires, le départ de marins agace le commandement militaire car cela pourrait rendre le bateau inutilisable. Roderick Egal est arrêté par deux officiers et plusieurs marins le 5 avril 1941. Il est envoyé se faire juger en Indochine afin d'éviter des troubles civils au sein de la Concession française qui est alors fracturée entre vichystes et gaullistes. Le | Au début de l'année 1941, Jean Reynaud et Roderick Egal encouragent plusieurs marins de la canonnière ''Francis Garnier'' à faire défection. Si encourager le départ de civils laisse indifférentes les autorités consulaires, le départ de marins agace le commandement militaire car cela pourrait rendre le bateau inutilisable. Roderick Egal est arrêté par deux officiers et plusieurs marins le 5 avril 1941. Il est envoyé se faire juger en Indochine afin d'éviter des troubles civils au sein de la Concession française qui est alors fracturée entre vichystes et gaullistes. Le 16 juin 1941, il est déchu de la nationalité française par le même décret que deux autres illustres Français libres, Félix Éboué, gouverneur du Tchad rallié dès août 1940, et Philippe de Hauteclocque, le futur Maréchal Leclerc. Après l'intervention de la diplomatie britannique, Roderick Egal reviendra à Shanghai, où il lui sera interdit de résider dans la Concession française. Il finira par partir en voulant rejoindre l'Europe et sera remplacé par René Pontet à la tête de France Quand Même. Le ''Francis Garnier'' sera quant à lui finalement remorqué en septembre 1941 au port d'Haiphong en Indochine. | ||
Depuis le début des concessions de Shanghai, aucun visa n'est nécessaire pour venir s‘établir car la ville est un port franc. C'est pour cela que plusieurs milliers de réfugiés juifs ont pu venir s'y installer, principalement originaires d'Allemagne, d'Autriche et de Lituanie depuis le milieu des années 30, et avant eux les Russes blancs, échappant à la révolution bolchevique. Si Shanghai n'exige pas de visa d'entrée, les réfugiés juifs doivent néanmoins obtenir un laissez-passer pour quitter le Reich. Les autorités nazies n'accordent ce document qu'aux personnes disposant d'un visa pour un pays tiers, créant un obstacle administratif redoutable à une époque où la quasi-totalité des nations ferment leurs frontières. Trois personnes défient cette logique et les ordres de leurs supérieurs hiérarchiques pour permettre à des milliers de réfugiés juifs de quitter l'Europe pour aller à Shanghai. Tout d'abord Ho Feng Shan, consul général de la République de Chine à Vienne, délivre des visas pour la Chine de 1938 à mai 1940, permettant à leurs détenteurs d'obtenir les documents nécessaires à leur départ d'Autriche. Les estimations varient entre 2000 et 4000 personnes sauvées par son action. Ensuite, à Kaunas en Lituanie, Jan Zwartendijk, représentant consulaire néerlandais, et Chiune Sugihara, vice-consul du Japon, émettent respectivement des visas pour l'île néerlandaise de Curaçao et des visas de transit japonais pendant l'été 1940. Ces deux visas combinés permettent à plus de 6000 réfugiés juifs de traverser l'URSS avec le Transsibérien et d'arriver au Japon. Là-bas, faute de liaison avec les Antilles, ils peuvent se rediriger vers Shanghai, la destination réelle de cet exode. Ho Feng Shan, Jan Zwartendijk et Chiune Sugihara seront reconnus comme “''Justes parmi les nations''” après la Guerre. | Depuis le début des concessions de Shanghai, aucun visa n'est nécessaire pour venir s‘établir car la ville est un port franc. C'est pour cela que plusieurs milliers de réfugiés juifs ont pu venir s'y installer, principalement originaires d'Allemagne, d'Autriche et de Lituanie depuis le milieu des années 30, et avant eux les Russes blancs, échappant à la révolution bolchevique. Si Shanghai n'exige pas de visa d'entrée, les réfugiés juifs doivent néanmoins obtenir un laissez-passer pour quitter le Reich. Les autorités nazies n'accordent ce document qu'aux personnes disposant d'un visa pour un pays tiers, créant un obstacle administratif redoutable à une époque où la quasi-totalité des nations ferment leurs frontières. Trois personnes défient cette logique et les ordres de leurs supérieurs hiérarchiques pour permettre à des milliers de réfugiés juifs de quitter l'Europe pour aller à Shanghai. Tout d'abord Ho Feng Shan, consul général de la République de Chine à Vienne, délivre des visas pour la Chine de 1938 à mai 1940, permettant à leurs détenteurs d'obtenir les documents nécessaires à leur départ d'Autriche. Les estimations varient entre 2000 et 4000 personnes sauvées par son action. Ensuite, à Kaunas en Lituanie, Jan Zwartendijk, représentant consulaire néerlandais, et Chiune Sugihara, vice-consul du Japon, émettent respectivement des visas pour l'île néerlandaise de Curaçao et des visas de transit japonais pendant l'été 1940. Ces deux visas combinés permettent à plus de 6000 réfugiés juifs de traverser l'URSS avec le Transsibérien et d'arriver au Japon. Là-bas, faute de liaison avec les Antilles, ils peuvent se rediriger vers Shanghai, la destination réelle de cet exode. Ho Feng Shan, Jan Zwartendijk et Chiune Sugihara seront reconnus comme “''Justes parmi les nations''” après la Guerre. | ||
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== L’attaque de Pearl Harbor == | == L’attaque de Pearl Harbor == | ||
[[Fichier:La une du Journal de Shanghai le lendemain de l’attaque de Pearl Harbor. L’attaque des deux canonières britannique et américaine est mentionnée en bas à gauche..png|vignette|La une du Journal de Shanghai le lendemain de l’attaque de Pearl Harbor. L’attaque des deux | [[Fichier:La une du Journal de Shanghai le lendemain de l’attaque de Pearl Harbor. L’attaque des deux canonières britannique et américaine est mentionnée en bas à gauche..png|vignette|La une du Journal de Shanghai le lendemain de l’attaque de Pearl Harbor. L’attaque des deux canonnières britannique et américaine est mentionnée en bas à gauche.]] | ||
La montée des tensions entre le Japon et les États-Unis aboutit au départ du 4e régiment de marines pour les Philippines en novembre 1941. La garnison française de Shanghai, composée de près 2000 soldats dont 1500 tonkinois, est alors la dernière garnison occidentale présente à Shanghai. Le 8 décembre 1941, heure locale de Shanghai<ref>Compte-tenu du décalage horaire avec le Pacifique, l’attaque à Shanghai s’est produite le 8 décembre alors qu’il était encore le 7 décembre à Hawai lors de l’attaque de Pearl Harbor</ref>, au moment même où l'aviation japonaise se dirige vers la base américaine de Pearl Harbor, des unités japonaises attaquent les deux dernières canonnières occidentales stationnées sur le Bund. La canonnière britannique ''HMS Peterel'' est coulée, tandis que la canonnière américaine ''USS Wake'' est capturée par les forces japonaises. Averti de cette attaque à l'aube, René Pontet brûle les archives de la France Libre stockées à l'ambassade britannique juste avant l'arrivée des soldats japonais, tandis que les journalistes belges Roger | La montée des tensions entre le Japon et les États-Unis aboutit au départ du 4e régiment de marines pour les Philippines en novembre 1941. La garnison française de Shanghai, composée de près de 2000 soldats dont 1500 tonkinois, est alors la dernière garnison occidentale présente à Shanghai. Le 8 décembre 1941, heure locale de Shanghai<ref>Compte-tenu du décalage horaire avec le Pacifique, l’attaque à Shanghai s’est produite le 8 décembre alors qu’il était encore le 7 décembre à Hawai lors de l’attaque de Pearl Harbor</ref>, au moment même où l'aviation japonaise se dirige vers la base américaine de Pearl Harbor, des unités japonaises attaquent les deux dernières canonnières occidentales stationnées sur le Bund. La canonnière britannique ''HMS Peterel'' est coulée, tandis que la canonnière américaine ''USS Wake'' est capturée par les forces japonaises. Averti de cette attaque à l'aube, René Pontet brûle les archives de la France Libre stockées à l'ambassade britannique juste avant l'arrivée des soldats japonais, tandis que les journalistes belges Roger Piérard et Jacques Marcuse accompagné du banquier Auguste Brusset détruisent celles de leur bureau à Peking Road<ref>''Revue de la France Libre'', n° 35, février 1951</ref>. Cette destruction préventive permet de protéger l'identité des membres du réseau et de leurs contacts. | ||
[[Fichier:Le 76 Jessfield Road, quartier général de la police secrète du gouvernement collaborateur chinois.png|vignette|Le 76 Jessfield Road, quartier général de la police secrète du gouvernement collaborateur chinois<ref>Source https://pastvu.com/p/1611039</ref>]] | [[Fichier:Le 76 Jessfield Road, quartier général de la police secrète du gouvernement collaborateur chinois.png|vignette|Le 76 Jessfield Road, quartier général de la police secrète du gouvernement collaborateur chinois<ref>Source https://pastvu.com/p/1611039</ref>]] | ||
Cet épisode est le prélude à une mainmise complète des Japonais sur Shanghai et s'accompagne d'une répression féroce de leurs opposants. La Kempeitai, la police militaire japonaise, aidée des services spéciaux du gouvernement collaborateur de Nankin dirigés par Ding Mocun et Li Shiqun, traque les opposants, qu'ils soient journalistes, résistants, Chinois ou étrangers. Leur quartier général, situé au 76 Jessfield Road<ref>Wànhángdù Road (万航渡路) (voir notre [https://www.histoire-chine.fr/vieux-shanghai/?fulltxt=Jessfield page de référence des rues du vieux Shanghai])</ref>, devient rapidement connu et sera même simplement dénommé « le 76 » du fait de sa terrible réputation. L'autre lieu symbolique de la répression est la prison de Bridge House, ancien hôtel Art déco converti en centre de détention. Les prisonniers y sont enfermés dans des cages métalliques et soumis à la torture ; les conditions sanitaires y sont effroyables. Non loin de là, l'Astor House<ref>voir notre [https://www.histoire-chine.fr/shanghai-hong-list/?entity_name=Astor%20House%20Hotel moteur de recherche dans les Hong List du vieux Shanghai]</ref>, prestigieux hôtel du Bund, est réquisitionné pour détenir des personnalités britanniques et américaines avant de devenir le quartier général de l'armée japonaise. Un couvre-feu est établi forçant tous les commerces à fermer à 21 heures. La censure est instaurée et les médias britanniques et américains sont fermés, les autres n'étant autorisés qu'à publier uniquement les dépêches de presse allant dans le sens des intérêts japonais. Ces changements réduisent drastiquement les actions du groupe gaulliste de Shanghai jusqu'à la fin de la guerre. | Cet épisode est le prélude à une mainmise complète des Japonais sur Shanghai et s'accompagne d'une répression féroce de leurs opposants. La Kempeitai, la police militaire japonaise, aidée des services spéciaux du gouvernement collaborateur de Nankin dirigés par Ding Mocun et Li Shiqun, traque les opposants, qu'ils soient journalistes, résistants, Chinois ou étrangers. Leur quartier général, situé au 76 Jessfield Road<ref>Wànhángdù Road (万航渡路) (voir notre [https://www.histoire-chine.fr/vieux-shanghai/?fulltxt=Jessfield page de référence des rues du vieux Shanghai])</ref>, devient rapidement connu et sera même simplement dénommé « le 76 » du fait de sa terrible réputation. L'autre lieu symbolique de la répression est la prison de Bridge House, ancien hôtel Art déco converti en centre de détention. Les prisonniers y sont enfermés dans des cages métalliques et soumis à la torture ; les conditions sanitaires y sont effroyables. Non loin de là, l'Astor House<ref>voir notre [https://www.histoire-chine.fr/shanghai-hong-list/?entity_name=Astor%20House%20Hotel moteur de recherche dans les Hong List du vieux Shanghai]</ref>, prestigieux hôtel du Bund, est réquisitionné pour détenir des personnalités britanniques et américaines avant de devenir le quartier général de l'armée japonaise. Un couvre-feu est établi forçant tous les commerces à fermer à 21 heures. La censure est instaurée et les médias britanniques et américains sont fermés, les autres n'étant autorisés qu'à publier uniquement les dépêches de presse allant dans le sens des intérêts japonais. Ces changements réduisent drastiquement les actions du groupe gaulliste de Shanghai jusqu'à la fin de la guerre. | ||
Fin 1942, les ressortissants dont le pays est hostile au Japon sont internés dans des camps. Il y a une demi-douzaine de camps répartis à travers Shanghai, le plus fameux étant celui de Longhua. Ce camp accueille jusqu'à 2000 internés, parmi lesquels le jeune James Graham Ballard, dont l'expérience inspirera ultérieurement le roman ''L'Empire du Soleil''. Les réfugiés juifs sont eux réunis dans le ghetto de Hongkou où les conditions de vie deviennent très précaires. Les Français et les Russes blancs s'en sortent mieux et sont quasiment les seuls à ne pas être inquiétés, sauf en cas de position anti-japonaise trop prononcée. Les membres de la France Libre sont alors sous étroite surveillance, René Pontet et Charles Grosbois étant plusieurs fois interrogés<ref>Page 3 du [[Français libre de Shanghai : Roderick Egal, gaulliste de la première heure et incorruptible|memo diplomatique]] </ref>. Certains tentent de quitter clandestinement Shanghai pour gagner Chongqing mais sont arrêtés par les Japonais, comme Roger | Fin 1942, les ressortissants dont le pays est hostile au Japon sont internés dans des camps. Il y a une demi-douzaine de camps répartis à travers Shanghai, le plus fameux étant celui de Longhua. Ce camp accueille jusqu'à 2000 internés, parmi lesquels le jeune James Graham Ballard, dont l'expérience inspirera ultérieurement le roman ''L'Empire du Soleil''. Les réfugiés juifs sont eux réunis dans le ghetto de Hongkou où les conditions de vie deviennent très précaires. Les Français et les Russes blancs s'en sortent mieux et sont quasiment les seuls à ne pas être inquiétés, sauf en cas de position anti-japonaise trop prononcée. Les membres de la France Libre sont alors sous étroite surveillance, René Pontet et Charles Grosbois étant plusieurs fois interrogés<ref>Page 3 du [[Français libre de Shanghai : Roderick Egal, gaulliste de la première heure et incorruptible|memo diplomatique]] </ref>. Certains tentent de quitter clandestinement Shanghai pour gagner Chongqing mais sont arrêtés par les Japonais, comme Roger Piérard et Jacques Lebas, et incarcérés à la prison de Bridge House<ref>''Le Courrier de Chine'' du 4 octobre 1945.</ref>. | ||
== Fin des concessions et de la guerre en Asie == | == Fin des concessions et de la guerre en Asie == | ||
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[[Fichier:Photo des délégations française et chinoise lors de la remise des Lettres de créance du général Pechkoff au maréchal Tchang Kaï-chek à Chonging le 9 janvier 1945.png|vignette|Photo des délégations française et chinoise lors de la remise des Lettres de créance du général Pechkoff au maréchal Tchang Kaï-chek à Chonging le 9 janvier 1945. Source ''Le Courrier de Chine'' du 10 octobre 1945]] | [[Fichier:Photo des délégations française et chinoise lors de la remise des Lettres de créance du général Pechkoff au maréchal Tchang Kaï-chek à Chonging le 9 janvier 1945.png|vignette|Photo des délégations française et chinoise lors de la remise des Lettres de créance du général Pechkoff au maréchal Tchang Kaï-chek à Chonging le 9 janvier 1945. Source ''Le Courrier de Chine'' du 10 octobre 1945]] | ||
Le 3 mars 1944, le consul Roland de Margerie devient ambassadeur en Chine, en remplacement d'Henry Cosme muté au Japon<ref>Le Journal de Shanghai du 27 février 1944 et du 3 mars 1944. Son départ n’aura lieu que le 2 juin 1944</ref>, et déménage à contre-coeur au Quartier des légations à Pékin, d'où il poursuivra son action loyale au régime de Vichy. La République de Chine, repliée à Chongqing depuis 1938 et toujours dirigée par Tchang Kaï-chek, rompt avec le régime de Vichy au printemps 1944. Dès lors, deux délégations de la France Libre s'installent à Chongqing. Celle représentant le Général de Gaulle, dirigée par le général Zinovi Pechkoff, est finalement officiellement reconnue en octobre 1944 au détriment de la délégation représentant le général Giraud, consacrant le ralliement de la Chine nationaliste à la France Libre gaulliste. | Le 3 mars 1944, le consul Roland de Margerie devient ambassadeur en Chine, en remplacement d'Henry Cosme muté au Japon<ref>Le Journal de Shanghai du 27 février 1944 et du 3 mars 1944. Son départ n’aura lieu que le 2 juin 1944</ref>, et déménage à contre-coeur au Quartier des légations à Pékin, d'où il poursuivra son action loyale au régime de Vichy. La République de Chine, repliée à Chongqing depuis 1938 et toujours dirigée par Tchang Kaï-chek, rompt avec le régime de Vichy au printemps 1944. Dès lors, deux délégations de la France Libre s'installent à Chongqing. Celle représentant le Général de Gaulle, dirigée par le général Zinovi Pechkoff, est finalement officiellement reconnue en octobre 1944 au détriment de la délégation représentant le général Giraud, consacrant le ralliement de la Chine nationaliste à la France Libre gaulliste. | ||
[[Fichier:Liste des volontaires de Shanghai ayant rejoint les Forces Francaises Libres.png|vignette|Liste des volontaires de Shanghai ayant rejoint les Forces | [[Fichier:Liste des volontaires de Shanghai ayant rejoint les Forces Francaises Libres.png|vignette|Liste des volontaires de Shanghai ayant rejoint les Forces Françaises Libres publiée dans le 1er numéro du ''Courrier de Chine'' le 16 septembre 1945. Il est précisé en dessous qu’ “''au début de la guerre du Pacifique, il a été nécessaire de détruire tous les documents concernant les volontaires. Cette liste reconstituée de mémoire est peut-être incomplète et nous nous en excusons''”. Elle peut être complétée avec celle envoyée par Roland de Margerie à l’amiral Darland le 4 juillet 1941<ref>Source : https://francelibre.net/denonciation-shanghai-fl/</ref>]] | ||
L'Empire japonais, faisant face à plusieurs défaites stratégiques en Asie fin 1944 et début 1945, prend le contrôle de l'Indochine française à partir du 9 mars 1945 afin de neutraliser les troupes françaises avant qu'elles ne puissent se rallier aux Alliés dont l'avancée se précise. La même nuit, les forces japonaises de Shanghai envahissent l'ex-Concession française et font désarmer la garnison française. Dans ce qui semble être l'ultime édition du ''Journal de Shanghai'', le 11 mars 1945<ref>Il est indiqué dans plusieurs publications que le coup de force japonais a interrompu la publication du ''Journal de Shanghai''. Mais un document diplomatique français mentionne cette édition du 11 mars 1945. Le dernier ''Journal de Shanghai'' consultable dans des archives est daté du 25 novembre 1944.</ref>, l’agence chinoise collaboratrice Central Press fait diffuser un message de sympathie pour « ''les Français qui n'ont pas de sentiments hostiles'' » et précise « ''que les forces japonaises ne traiteront pas comme ennemis les Français qui observent une attitude loyale envers elles'' ». Le baron Fain, devenu consul de France depuis le départ de Roland de Margerie<ref>''Le Journal de Shanghai'' du 22 septembre 1944. Marc Henri Duval a assuré l’intérim entre le 2 juin et le 21 septembre 1944</ref>, proteste le lendemain par un communiqué diplomatique. Dès lors, la position française à Shanghai se dégrade fortement. Le Cercle sportif, le collège ainsi que les postes de police sont réquisitionnés, les soldats tonkinois se révoltent contre leurs supérieurs avec l'appui plus ou moins déclaré des Japonais, et le colonel Fabre, ancien directeur de la Police, se suicide. De son côté, le président déchu du tribunal consulaire Horace Kaufman crée une amicale des | L'Empire japonais, faisant face à plusieurs défaites stratégiques en Asie fin 1944 et début 1945, prend le contrôle de l'Indochine française à partir du 9 mars 1945 afin de neutraliser les troupes françaises avant qu'elles ne puissent se rallier aux Alliés dont l'avancée se précise. La même nuit, les forces japonaises de Shanghai envahissent l'ex-Concession française et font désarmer la garnison française. Dans ce qui semble être l'ultime édition du ''Journal de Shanghai'', le 11 mars 1945<ref>Il est indiqué dans plusieurs publications que le coup de force japonais a interrompu la publication du ''Journal de Shanghai''. Mais un document diplomatique français mentionne cette édition du 11 mars 1945. Le dernier ''Journal de Shanghai'' consultable dans des archives est daté du 25 novembre 1944.</ref>, l’agence chinoise collaboratrice Central Press fait diffuser un message de sympathie pour « ''les Français qui n'ont pas de sentiments hostiles'' » et précise « ''que les forces japonaises ne traiteront pas comme ennemis les Français qui observent une attitude loyale envers elles'' ». Le baron Fain, devenu consul de France depuis le départ de Roland de Margerie<ref>''Le Journal de Shanghai'' du 22 septembre 1944. Marc Henri Duval a assuré l’intérim entre le 2 juin et le 21 septembre 1944</ref>, proteste le lendemain par un communiqué diplomatique. Dès lors, la position française à Shanghai se dégrade fortement. Le Cercle sportif, le collège ainsi que les postes de police sont réquisitionnés, les soldats tonkinois se révoltent contre leurs supérieurs avec l'appui plus ou moins déclaré des Japonais, et le colonel Fabre, ancien directeur de la Police, se suicide. De son côté, le président déchu du tribunal consulaire Horace Kaufman crée une amicale des 384 anciens employés de la Concession laissés sans ressource afin de faire pression sur le consul pour obtenir des dédommagements<ref>Guy Brossollet, ''Les Français de Shanghai, 1849-1949'', Belin 1999, p. 284.</ref>. | ||
Lorsque l'Empereur du Japon annonce la capitulation de son pays le 15 août 1945, la ligne de front est alors très éloignée de Shanghai. Les Japonais assurent l'ordre à Shanghai jusqu'à la fin de septembre 1945. En effet, les premiers soldats américains arrivent seulement le 20 août et en nombre insuffisant, alors qu'une lutte d'influence entre les forces nationalistes et communistes commence pour reprendre le contrôle de la ville. Tchang Kaï-chek demande au maire collaborateur de Shanghai Zhou Fohai de rester en poste jusqu'à son remplacement par Wu Guozhen venu de Chongqing. Roger Pignol, envoyé depuis Chongqing, est le premier Français à venir à Shanghai depuis l’extérieur. Avec Charles Grosbois, il relance la publication d’un quotidien sous le nom de ''Courrier de Chine'' afin de rétablir l’influence française dans la région. Jean de Montoussé, ancien vice-consul ayant rejoint la France Libre le 6 novembre 1941, arrive le 13 septembre, mandaté par le général Pechkoff pour enquêter sur la situation | Lorsque l'Empereur du Japon annonce la capitulation de son pays le 15 août 1945, la ligne de front est alors très éloignée de Shanghai. Les Japonais assurent l'ordre à Shanghai jusqu'à la fin de septembre 1945. En effet, les premiers soldats américains arrivent seulement le 20 août et en nombre insuffisant, alors qu'une lutte d'influence entre les forces nationalistes et communistes commence pour reprendre le contrôle de la ville. Tchang Kaï-chek demande au maire collaborateur de Shanghai Zhou Fohai de rester en poste jusqu'à son remplacement par Wu Guozhen venu de Chongqing. Roger Pignol, envoyé aussi depuis Chongqing, est le premier Français à venir à Shanghai depuis l’extérieur. Avec Charles Grosbois, il relance la publication d’un quotidien sous le nom de ''[[Le Courrier de Chine|Courrier de Chine]]'' afin de rétablir l’influence française dans la région. Jean de Montoussé, ancien vice-consul ayant rejoint la France Libre le 6 novembre 1941, arrive le 13 septembre, mandaté par le général Pechkoff pour enquêter sur la situation à Shanghai. Son rapport, daté du 19 octobre 1945, décrit une communauté française divisée en plusieurs groupes - le consulat, les gaullistes et les agents licenciés - et une ville en proie à l'inflation, aggravée par l'afflux de soldats américains, et confrontée à une pénurie de logements due aux réquisitions successives. Le même jour, une réception est organisée au Cercle Français pour célébrer le retour de Roderick Egal à Shanghai, à laquelle assistent également de nombreux Britanniques venus lui rendre hommage, clôturant ainsi le chapitre de la France Libre à Shanghai. | ||
== Références bibliographiques == | == Références bibliographiques == | ||
* BENSACQ-TIXIER, Nicole | * BENSACQ-TIXIER, Nicole. 2014. ''La France en Chine de Sun Yat-sen à Mao Zedong''. Rennes : Presses Universitaires de Rennes. ([https://books.openedition.org/pur/65234 disponible en ligne]) | ||
* BERGÈRE, Marie-Claire | * BERGÈRE, Marie-Claire. 2002. ''Histoire de Shanghai''. Paris : Fayard. | ||
* BROSSOLLET, Guy | * BROSSOLLET, Guy. 1999. ''Les Français de Shanghai''. Paris : Belin. | ||
* WASSERTEIN Bernard | * WASSERTEIN, Bernard. 2017. ''Secret War in Shanghai''. Londres : I.B. Tauris. | ||
* MONTOUSSÉ, Jean de. 1945. ''Rapport Montoussé''. Archives diplomatiques du Ministère des Affaires Étrangères, dossier 119QO/14. | |||
* [https://francelibre.net/france-quand-meme-chine/ Revue de la France Libre, n° 35, février 1951] | * [https://francelibre.net/france-quand-meme-chine/ ''Revue de la France Libre'', n° 35, février 1951] | ||
* [https://www.france-libre.net/comite-fl-chine/ Revue de la France Libre, n° 126, juin 1960] | * [https://www.france-libre.net/comite-fl-chine/ ''Revue de la France Libre'', n° 126, juin 1960] | ||
* [https://www.usni.org/magazines/naval-history-magazine/1991/december/night-attack-shanghai Naval History | * [https://www.usni.org/magazines/naval-history-magazine/1991/december/night-attack-shanghai ''Naval History'', Winter 1991, Volume 5, Number 4] | ||
* [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb327989155/ Journal de Shanghai | * [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb327989155/ ''Journal de Shanghai'', décembre 1927 à mai 1940] | ||
* [https://rmda.kulib.kyoto-u.ac.jp/en/item/rb00033962?page=0 Journal de Shanghai | * [https://rmda.kulib.kyoto-u.ac.jp/en/item/rb00033962?page=0 ''Journal de Shanghai'', avril 1942 à novembre 1944] | ||
* ''Collection des Archives Orales – A08 – Roland Jacquin de Margerie.'' Ministère des Affaires étrangères. Entretiens [https://archivesdiplomatiques.diplomatie.gouv.fr/media/394d1ce7-ca6c-489e-904a-0c2bb0283dc7.pdf n°1] et [https://archivesdiplomatiques.diplomatie.gouv.fr/media/a0e9cd0f-48dd-4916-a48e-7bcf87d5440a.pdf n°3] | |||
== Pour aller plus loin == | == Pour aller plus loin == | ||
* DE MARGERIE, Roland | * DE MARGERIE, Roland. 2010. ''Journal 1939-1940''. Paris : Grasset. | ||
* DE SAIRIGNÉ, Guillemette | * DE SAIRIGNÉ, Guillemette. 2019. ''Pechkoff, le manchot magnifique''. Paris : Allary. | ||
* BERGÈRE, Marie-Claire | * BERGÈRE, Marie-Claire. 1997. « L’épuration à Shanghai (1945-1946) : l'affaire Sarly et la fin de la concession française ». ''Vingtième Siècle. Revue d’histoire''. ([https://www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_1997_num_53_1_3593 disponible en ligne]) | ||
* FRENCH, Paul | * FRENCH, Paul. 2018. ''City of Devils''. Londres : Picador. | ||
== Notes et références == | == Notes et références == | ||
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Dernière version du 12 septembre 2026 à 07:06
Rédigé par Pierre Clavequin
La Seconde Guerre mondiale à Shanghai a une histoire très singulière. C'est en effet le seul endroit au monde où tous les principaux belligérants se côtoient en nombre dans un petit périmètre. Outre la Chine, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis sont présents à Shanghai depuis presque un siècle par leurs concessions et à ce titre maintiennent une présence militaire sur place. Le Japon est venu plus tardivement mais plus de 30 000 Japonais habitent à Shanghai avant le début des hostilités, principalement dans le quartier de Hongkou, au nord de la Suzhou Creek. Enfin, l'Allemagne et l'Italie ont chacune une importante communauté d'affaires, et une population russe conséquente a immigré à Shanghai après la révolution bolchevique de 1917.
Le début des hostilités
La Seconde Guerre mondiale débute en Asie le 7 juillet 1937, lorsque le Japon utilise l'incident du pont Marco Polo pour continuer sa politique expansionniste en Chine initiée au début des années 30. La guerre est officiellement déclarée le 28 juillet, la ville de Pékin est conquise le 7 août, et les combats commencent à Shanghai le 13 août et durent jusqu'au 26 novembre 1937, lorsque les troupes chinoises se retirent pour tenter de défendre la capitale, Nankin, qui tombera un peu plus tard. Les combats à Shanghai sont particulièrement âpres, au corps à corps et rue par rue, et sont marqués par des pertes lourdes dans les deux camps. Au niveau humanitaire, cette période est marquée par l'instauration de la zone Jacquinot[1], du nom du prêtre ayant créé la première zone humanitaire de l'histoire afin d'épargner les civils fuyant les combats. Pour les concessions étrangères de Shanghai, commence alors une période qui sera surnommée plus tard le Gūdǎo (孤岛 signifiant îlot solitaire) parce qu’elles forment désormais une enclave préservée des combats et encerclée par les forces japonaises, situation qui perdurera jusqu'à l'attaque de Pearl Harbor en décembre 1941.
Les victoires japonaises de 1937 laissent un pouvoir politique vacant dans les zones occupées. Les Japonais mettent du temps à trouver des personnalités de premier plan acceptant de collaborer avec eux. Ce n'est qu'en 1940 que Wang Jingwei, Zhou Fohai et Chen Gongbo, trois transfuges de Chongqing où s'est replié le gouvernement officiel de la République de Chine, acceptent de former le gouvernement de Nankin. Ce sont trois figures connues du monde politique chinois, Wang Jingwei étant un ancien proche collaborateur de Sun Yat-Sen, le père de la république chinoise, alors que Zhou Fohai et Chen Gongbo étaient des membres fondateurs du Parti communiste chinois passés à l'aile gauche du Kuomintang, donnant ainsi une crédibilité à ce nouveau gouvernement.
Si la vacance du pouvoir prend autant de temps, c'est parce qu'une guerre souterraine a pris place à Shanghai. En effet, le Juntong, service de renseignement militaire du gouvernement nationaliste replié à Chongqing, mène une campagne d'assassinats ciblés sous la direction de Dai Li envers les personnalités tentées par la collaboration et les officiels japonais. Cette stratégie de terreur dissuade efficacement nombre de ralliements potentiels. Les autorités japonaises ripostent en s'appuyant sur la Bande Verte, organisation criminelle dominant le milieu shanghaïen depuis les années 1920. Du Yuesheng, son chef historique, avait fait preuve de patriotisme durant les combats de 1937 en finançant une partie de l'effort de guerre chinois avant de se replier à Chongqing. Son lieutenant Zhang Xiaolin, resté à Shanghai, se montre plus accommodant envers les occupants et met progressivement son réseau au service des Japonais. Cette guerre souterraine fera plus de 200 morts entre 1937 et 1941[2]. Cela semble beaucoup, mais la lecture du Journal de Shanghai de cette époque témoigne de cette violence quotidienne. Ses colonnes rapportent presque chaque jour soit un assassinat, une tentative de meurtre ou un enlèvement, dressant le portrait d'une ville où la guerre de l'ombre se superpose à l'occupation militaire. On compte parmi les victimes les plus connues le maire de Shanghai installé par les Japonais Fu Xiao'an, l'inspecteur chinois Ying Zanjing, l'avocat français d’Auxion de Ruffé dont les sympathies pro-japonaises étaient bien connues, le commissaire adjoint japonais Akagi Chiyuki[3], et même Zhang Xiaolin, assassiné le 14 août 1940 par son propre garde du corps.
L’internationalisation des combats

C'est peut-être à cause de cette atmosphère délétère que la santé du Consul général de France Marcel Baudez se dégrade pendant cette période. Remplacé par Pierre Augé, il doit rentrer en France pour raison de santé le 7 mai 1940, trois jours avant le déclenchement de l'offensive allemande contre la Belgique et les Pays-Bas, prélude de la Bataille de France. Les Français de Shanghai peuvent suivre l'évolution quotidienne des combats à travers les éditions du Journal de Shanghai. Les articles restent optimistes sur l'issue de la guerre jusqu'aux environs du 10 juin 1940, et tombent ensuite dans la résignation face à la défaite imminente et la signature de l'armistice. Néanmoins, le journal relaie les quelques brèves d'actualités portant des signaux d'espoir. L'appel du 18 juin du Général de Gaulle est publié en intégralité dans l'édition du 20 juin, le 24 juin le télégramme envoyé au gouvernement français par les anciens combattants de Shanghai refusant l'armistice est diffusé encadré en première page et les jours suivants les appels de différentes communautés de Français de l'étranger à travers le monde à continuer les combats. Mais il publie également les différentes décisions disciplinaires prises par le gouvernement français contre de Gaulle. Cet équilibre dure le temps du changement de constitution et de la formation d'un nouveau gouvernement par le maréchal Pétain. Le Journal de Shanghai publie ainsi le 17 août 1940 en première page une ordonnance de l'Ambassadeur français en Chine Henry Cosme rappelant que les fonctionnaires qui auront pris « des actions incompatibles à l'union des Français seront révoqués ». Cette mise en garde sera suivie le lendemain par un éditorial de Georges Moresthe au titre évocateur, « Servir », puis le 27 août par une longue allocution radiodiffusée de l'ambassadeur sur la station francophone FFZ, reproduite en intégralité le lendemain en première page du Journal de Shanghai.

En réaction à cette normalisation vichyste, le groupe d'anciens combattants de la Première Guerre mondiale de Shanghai se réunit à plusieurs occasions au cours de l'été 1940. Ses membres les plus connus sont Roderick Egal, négociant en vin, René Pontet, directeur du Crédit Foncier d’Extrême-Orient, Charles Grosbois, inspecteur de l’enseignement et Félix Bouvier, le propriétaire du Canidrome. Ce nouveau groupe s'appellera « France Quand Même », appellation déjà utilisée par plusieurs groupements gaullistes d'Amérique. Il mettra en place des actions de propagande gaulliste avec la publication du bulletin hebdomadaire éponyme, ainsi qu'en animant des émissions de radio sur la station anglaise XCDN, puis l’américaine XMHA, qui jouent à Shanghai un rôle comparable à celui que joue la BBC en Europe. Il organise aussi le départ de volontaires souhaitant rejoindre les Forces Françaises Libres. C'est ainsi que plus de 50 Français partiront de Shanghai, souvent par des trajets longs et en plusieurs étapes transitant par Hong Kong, les Indes britanniques, le Moyen-Orient ou l'Afrique. Ce groupe aura un soutien constant de l'ambassade britannique tant qu'elle opérera à Shanghai, et aura des bureaux à Kiangse Road puis Peking Road, dans la Concession internationale.

L'attaque britannique contre la flotte française à Mers el-Kébir, le 3 juillet 1940, provoque un traumatisme au sein des forces navales françaises de Shanghai comparable à celui ressenti en métropole. Les marins de la canonnière Francis Garnier, stationnée sur le Bund, envisagent brièvement de riposter contre les navires britanniques mouillant à proximité. Initialement favorables au Général de Gaulle, nombre d'entre eux révisent leur position en apprenant le ralliement de l'amiral Muselier à la France Libre, cet officier souffrant d'une réputation exécrable au sein de la Marine.
En août 1940, les forces britanniques évacuent Shanghai. Winston Churchill, conscient de leur vulnérabilité face à une armée japonaise numériquement supérieure, préfère éviter une humiliation future tout en renforçant le dispositif défensif de Singapour. Seule demeure la canonnière HMS Peterel, bâtiment fluvial inapte à la navigation en haute mer. Les Américains procèdent à un redéploiement similaire vers Manille, ne maintenant à Shanghai que la canonnière USS Wake et le 4e régiment de marines.
Shanghai loin des combats
Un nouveau consul français arrive à Shanghai le 23 octobre 1940 : Roland de Margerie. Cette nomination peut surprendre : pourquoi nommer un nouveau consul pendant cette période troublée à plusieurs milliers de kilomètres de Paris, alors que le consul en poste l'est depuis moins d'un an ? Il existe deux théories à ce sujet qui ne s'excluent pas. Selon la première, le gouvernement français souhaite éloigner Roland de Margerie du Général de Gaulle[4]. En effet, les deux hommes s'apprécient et c'est même Roland de Margerie qui a présenté Winston Churchill au Général de Gaulle lors de la conférence de Briare tenue le 11 juin 1940. La deuxième théorie est que l'Ambassadeur de France en Chine, Henry Cosme, a voulu écarter Pierre Augé qu'il jugeait trop gaulliste[5]. Celui-ci faisait en effet partie de la toute première réunion publique de protestation contre la capitulation tenue au cercle de la police le 22 juin 1940[6]. Bien que n'ayant aucune sympathie pro-allemande ou pro-japonaise, Roland de Margerie restera fidèle au gouvernement de Vichy tout au long de la Seconde Guerre mondiale, sans toutefois être aussi appliqué que son supérieur l’ambassadeur Henry Cosme qui le lui reprochera.
Les lois promulguées par le régime de Vichy s'appliquent à la Concession française. C'est ainsi que les lois sur le statut des Juifs d'octobre 1940 entrent en vigueur également à Shanghai. En conséquence, le président du tribunal consulaire Horace Kaufman sera destitué de son poste en décembre 1940, un mois seulement après avoir initié des poursuites contre « ceux qui excitaient les militaires français à la désertion », c'est-à-dire au départ pour les armées du Général de Gaulle. Double ironie de l'Histoire, il se vantait avant la guerre d'avoir obtenu ce poste grâce à l'appui politique de Pierre Laval, qui fut avocat avant de devenir ensuite président du Conseil en 1931.
Au début de l'année 1941, Jean Reynaud et Roderick Egal encouragent plusieurs marins de la canonnière Francis Garnier à faire défection. Si encourager le départ de civils laisse indifférentes les autorités consulaires, le départ de marins agace le commandement militaire car cela pourrait rendre le bateau inutilisable. Roderick Egal est arrêté par deux officiers et plusieurs marins le 5 avril 1941. Il est envoyé se faire juger en Indochine afin d'éviter des troubles civils au sein de la Concession française qui est alors fracturée entre vichystes et gaullistes. Le 16 juin 1941, il est déchu de la nationalité française par le même décret que deux autres illustres Français libres, Félix Éboué, gouverneur du Tchad rallié dès août 1940, et Philippe de Hauteclocque, le futur Maréchal Leclerc. Après l'intervention de la diplomatie britannique, Roderick Egal reviendra à Shanghai, où il lui sera interdit de résider dans la Concession française. Il finira par partir en voulant rejoindre l'Europe et sera remplacé par René Pontet à la tête de France Quand Même. Le Francis Garnier sera quant à lui finalement remorqué en septembre 1941 au port d'Haiphong en Indochine.
Depuis le début des concessions de Shanghai, aucun visa n'est nécessaire pour venir s‘établir car la ville est un port franc. C'est pour cela que plusieurs milliers de réfugiés juifs ont pu venir s'y installer, principalement originaires d'Allemagne, d'Autriche et de Lituanie depuis le milieu des années 30, et avant eux les Russes blancs, échappant à la révolution bolchevique. Si Shanghai n'exige pas de visa d'entrée, les réfugiés juifs doivent néanmoins obtenir un laissez-passer pour quitter le Reich. Les autorités nazies n'accordent ce document qu'aux personnes disposant d'un visa pour un pays tiers, créant un obstacle administratif redoutable à une époque où la quasi-totalité des nations ferment leurs frontières. Trois personnes défient cette logique et les ordres de leurs supérieurs hiérarchiques pour permettre à des milliers de réfugiés juifs de quitter l'Europe pour aller à Shanghai. Tout d'abord Ho Feng Shan, consul général de la République de Chine à Vienne, délivre des visas pour la Chine de 1938 à mai 1940, permettant à leurs détenteurs d'obtenir les documents nécessaires à leur départ d'Autriche. Les estimations varient entre 2000 et 4000 personnes sauvées par son action. Ensuite, à Kaunas en Lituanie, Jan Zwartendijk, représentant consulaire néerlandais, et Chiune Sugihara, vice-consul du Japon, émettent respectivement des visas pour l'île néerlandaise de Curaçao et des visas de transit japonais pendant l'été 1940. Ces deux visas combinés permettent à plus de 6000 réfugiés juifs de traverser l'URSS avec le Transsibérien et d'arriver au Japon. Là-bas, faute de liaison avec les Antilles, ils peuvent se rediriger vers Shanghai, la destination réelle de cet exode. Ho Feng Shan, Jan Zwartendijk et Chiune Sugihara seront reconnus comme “Justes parmi les nations” après la Guerre.
Sous pression des Allemands, les Japonais mettent fin au système de port franc le 21 août 1941. Cette décision coïncide avec l'arrivée à Tokyo de Josef Meisinger, tristement connu pour son action à Varsovie, nommé agent de liaison de la Gestapo auprès des autorités japonaises. De là, il essaie d'impliquer le Japon dans la Solution finale afin d’exterminer tous les réfugiés juifs de Shanghai. Les autorités japonaises, peu sensibles à l'idéologie raciale nazie mais soucieuses de maintenir l'ordre, ne donnent pas suite à ces propositions extrêmes. Meisinger parvient toutefois à instiller la méfiance japonaise envers cette population en soulignant les risques d'espionnage au profit des Alliés.
Cette crainte de l'espionnage n'est pas dénuée de fondement. Shanghai constitue alors l'un des principaux théâtres de la guerre secrète en Asie, où s'affrontent les services de renseignement de toutes les puissances impliquées dans le conflit. Le Park Hotel, édifice Art déco dominant le champ de courses, abrite le siège de l'Abwehr, le service de renseignement militaire allemand. La princesse Sumaire y réside, figure mondaine dont les activités exactes demeurent obscures. L’artiste letton Eugene Pick surveille la communauté russe blanche pour le compte des services japonais[7]. L'actrice Xu Lai, devenue proche des épouses de Wang Jingwei, Chen Gongbo et Zhou Fohai, opère en réalité comme agent du gouvernement nationaliste de Chongqing, transmettant des informations sur les cercles dirigeants du régime collaborateur. D'autres figures illustrent cette guerre de l'ombre. Zheng Pingru, jeune femme d'origine sino-japonaise, est recrutée par le Juntong pour séduire et assassiner Ding Mocun, chef des services secrets du gouvernement de Nankin. Trahie avant d'avoir pu accomplir sa mission, elle est exécutée en 1940 à l'âge de 22 ans. Yoshiko Kawashima, princesse mandchoue élevée au Japon, sert les intérêts nippons en Mandchourie et à Shanghai. Yuan Shu représente un cas extrême de cette duplicité généralisée : agent quintuple, il sert successivement ou simultanément les intérêts de cinq pouvoirs différents[8]. À Tokyo même, Meisinger a aussi la mission de surveiller Richard Sorge — célèbre agent double germano-russe ayant résidé à Shanghai au début des années 30 — dont il devient malgré lui l'informateur privilégié au cours de nombreuses soirées arrosées.
L’attaque de Pearl Harbor

La montée des tensions entre le Japon et les États-Unis aboutit au départ du 4e régiment de marines pour les Philippines en novembre 1941. La garnison française de Shanghai, composée de près de 2000 soldats dont 1500 tonkinois, est alors la dernière garnison occidentale présente à Shanghai. Le 8 décembre 1941, heure locale de Shanghai[9], au moment même où l'aviation japonaise se dirige vers la base américaine de Pearl Harbor, des unités japonaises attaquent les deux dernières canonnières occidentales stationnées sur le Bund. La canonnière britannique HMS Peterel est coulée, tandis que la canonnière américaine USS Wake est capturée par les forces japonaises. Averti de cette attaque à l'aube, René Pontet brûle les archives de la France Libre stockées à l'ambassade britannique juste avant l'arrivée des soldats japonais, tandis que les journalistes belges Roger Piérard et Jacques Marcuse accompagné du banquier Auguste Brusset détruisent celles de leur bureau à Peking Road[10]. Cette destruction préventive permet de protéger l'identité des membres du réseau et de leurs contacts.

Cet épisode est le prélude à une mainmise complète des Japonais sur Shanghai et s'accompagne d'une répression féroce de leurs opposants. La Kempeitai, la police militaire japonaise, aidée des services spéciaux du gouvernement collaborateur de Nankin dirigés par Ding Mocun et Li Shiqun, traque les opposants, qu'ils soient journalistes, résistants, Chinois ou étrangers. Leur quartier général, situé au 76 Jessfield Road[12], devient rapidement connu et sera même simplement dénommé « le 76 » du fait de sa terrible réputation. L'autre lieu symbolique de la répression est la prison de Bridge House, ancien hôtel Art déco converti en centre de détention. Les prisonniers y sont enfermés dans des cages métalliques et soumis à la torture ; les conditions sanitaires y sont effroyables. Non loin de là, l'Astor House[13], prestigieux hôtel du Bund, est réquisitionné pour détenir des personnalités britanniques et américaines avant de devenir le quartier général de l'armée japonaise. Un couvre-feu est établi forçant tous les commerces à fermer à 21 heures. La censure est instaurée et les médias britanniques et américains sont fermés, les autres n'étant autorisés qu'à publier uniquement les dépêches de presse allant dans le sens des intérêts japonais. Ces changements réduisent drastiquement les actions du groupe gaulliste de Shanghai jusqu'à la fin de la guerre.
Fin 1942, les ressortissants dont le pays est hostile au Japon sont internés dans des camps. Il y a une demi-douzaine de camps répartis à travers Shanghai, le plus fameux étant celui de Longhua. Ce camp accueille jusqu'à 2000 internés, parmi lesquels le jeune James Graham Ballard, dont l'expérience inspirera ultérieurement le roman L'Empire du Soleil. Les réfugiés juifs sont eux réunis dans le ghetto de Hongkou où les conditions de vie deviennent très précaires. Les Français et les Russes blancs s'en sortent mieux et sont quasiment les seuls à ne pas être inquiétés, sauf en cas de position anti-japonaise trop prononcée. Les membres de la France Libre sont alors sous étroite surveillance, René Pontet et Charles Grosbois étant plusieurs fois interrogés[14]. Certains tentent de quitter clandestinement Shanghai pour gagner Chongqing mais sont arrêtés par les Japonais, comme Roger Piérard et Jacques Lebas, et incarcérés à la prison de Bridge House[15].
Fin des concessions et de la guerre en Asie
L'entrée en guerre du gouvernement collaborateur de Nankin contre les Alliés oblige les Japonais à promettre la restitution des concessions. Le gouvernement de Vichy annonce le 23 février 1943 son intention de rétrocéder les différentes concessions de Chine. Les négociations du côté chinois sont menées par Chu Minyi, diplomate francophone et transfuge de Chongqing ayant suivi Wang Jingwei, et bien connu et apprécié des autorités françaises. Le 30 juillet 1943, la Concession française est rétrocédée officiellement par le régime de Vichy au régime de Nankin dirigé par Wang Jingwei, bien que les deux gouvernements ne se reconnaissent pas officiellement, le gouvernement de Vichy reconnaissant encore la République de Chine retranchée à Chongqing. Seul un tiers du personnel français est repris par la nouvelle municipalité chinoise, laissant l'autre partie sans ressources et sans possibilité de retourner en France jusqu'à la fin de la guerre, les liaisons maritimes n'étant plus assurées ni par le canal de Suez, ni par les États-Unis. Le lendemain, le 31 juillet 1943, les Japonais remettent officiellement au régime de Nankin l'ancienne Concession internationale qu'ils géraient depuis décembre 1941.

Le 3 mars 1944, le consul Roland de Margerie devient ambassadeur en Chine, en remplacement d'Henry Cosme muté au Japon[16], et déménage à contre-coeur au Quartier des légations à Pékin, d'où il poursuivra son action loyale au régime de Vichy. La République de Chine, repliée à Chongqing depuis 1938 et toujours dirigée par Tchang Kaï-chek, rompt avec le régime de Vichy au printemps 1944. Dès lors, deux délégations de la France Libre s'installent à Chongqing. Celle représentant le Général de Gaulle, dirigée par le général Zinovi Pechkoff, est finalement officiellement reconnue en octobre 1944 au détriment de la délégation représentant le général Giraud, consacrant le ralliement de la Chine nationaliste à la France Libre gaulliste.

L'Empire japonais, faisant face à plusieurs défaites stratégiques en Asie fin 1944 et début 1945, prend le contrôle de l'Indochine française à partir du 9 mars 1945 afin de neutraliser les troupes françaises avant qu'elles ne puissent se rallier aux Alliés dont l'avancée se précise. La même nuit, les forces japonaises de Shanghai envahissent l'ex-Concession française et font désarmer la garnison française. Dans ce qui semble être l'ultime édition du Journal de Shanghai, le 11 mars 1945[18], l’agence chinoise collaboratrice Central Press fait diffuser un message de sympathie pour « les Français qui n'ont pas de sentiments hostiles » et précise « que les forces japonaises ne traiteront pas comme ennemis les Français qui observent une attitude loyale envers elles ». Le baron Fain, devenu consul de France depuis le départ de Roland de Margerie[19], proteste le lendemain par un communiqué diplomatique. Dès lors, la position française à Shanghai se dégrade fortement. Le Cercle sportif, le collège ainsi que les postes de police sont réquisitionnés, les soldats tonkinois se révoltent contre leurs supérieurs avec l'appui plus ou moins déclaré des Japonais, et le colonel Fabre, ancien directeur de la Police, se suicide. De son côté, le président déchu du tribunal consulaire Horace Kaufman crée une amicale des 384 anciens employés de la Concession laissés sans ressource afin de faire pression sur le consul pour obtenir des dédommagements[20].
Lorsque l'Empereur du Japon annonce la capitulation de son pays le 15 août 1945, la ligne de front est alors très éloignée de Shanghai. Les Japonais assurent l'ordre à Shanghai jusqu'à la fin de septembre 1945. En effet, les premiers soldats américains arrivent seulement le 20 août et en nombre insuffisant, alors qu'une lutte d'influence entre les forces nationalistes et communistes commence pour reprendre le contrôle de la ville. Tchang Kaï-chek demande au maire collaborateur de Shanghai Zhou Fohai de rester en poste jusqu'à son remplacement par Wu Guozhen venu de Chongqing. Roger Pignol, envoyé aussi depuis Chongqing, est le premier Français à venir à Shanghai depuis l’extérieur. Avec Charles Grosbois, il relance la publication d’un quotidien sous le nom de Courrier de Chine afin de rétablir l’influence française dans la région. Jean de Montoussé, ancien vice-consul ayant rejoint la France Libre le 6 novembre 1941, arrive le 13 septembre, mandaté par le général Pechkoff pour enquêter sur la situation à Shanghai. Son rapport, daté du 19 octobre 1945, décrit une communauté française divisée en plusieurs groupes - le consulat, les gaullistes et les agents licenciés - et une ville en proie à l'inflation, aggravée par l'afflux de soldats américains, et confrontée à une pénurie de logements due aux réquisitions successives. Le même jour, une réception est organisée au Cercle Français pour célébrer le retour de Roderick Egal à Shanghai, à laquelle assistent également de nombreux Britanniques venus lui rendre hommage, clôturant ainsi le chapitre de la France Libre à Shanghai.
Références bibliographiques
- BENSACQ-TIXIER, Nicole. 2014. La France en Chine de Sun Yat-sen à Mao Zedong. Rennes : Presses Universitaires de Rennes. (disponible en ligne)
- BERGÈRE, Marie-Claire. 2002. Histoire de Shanghai. Paris : Fayard.
- BROSSOLLET, Guy. 1999. Les Français de Shanghai. Paris : Belin.
- WASSERTEIN, Bernard. 2017. Secret War in Shanghai. Londres : I.B. Tauris.
- MONTOUSSÉ, Jean de. 1945. Rapport Montoussé. Archives diplomatiques du Ministère des Affaires Étrangères, dossier 119QO/14.
- Revue de la France Libre, n° 35, février 1951
- Revue de la France Libre, n° 126, juin 1960
- Naval History, Winter 1991, Volume 5, Number 4
- Journal de Shanghai, décembre 1927 à mai 1940
- Journal de Shanghai, avril 1942 à novembre 1944
- Collection des Archives Orales – A08 – Roland Jacquin de Margerie. Ministère des Affaires étrangères. Entretiens n°1 et n°3
Pour aller plus loin
- DE MARGERIE, Roland. 2010. Journal 1939-1940. Paris : Grasset.
- DE SAIRIGNÉ, Guillemette. 2019. Pechkoff, le manchot magnifique. Paris : Allary.
- BERGÈRE, Marie-Claire. 1997. « L’épuration à Shanghai (1945-1946) : l'affaire Sarly et la fin de la concession française ». Vingtième Siècle. Revue d’histoire. (disponible en ligne)
- FRENCH, Paul. 2018. City of Devils. Londres : Picador.
Notes et références
- ↑ Voir notre article sur Le Révérend Père Jacquinot : le bon samaritain de Shanghai et notre podcast avec Jean-Luc Pinol sur la Zone Jacquinot
- ↑ Marie-Claire BERGERE, Histoire de Shanghai, Fayard, 2002, p. 322.
- ↑ Sources Shanghaitours
- ↑ Guy Brossollet, Les Français de Shanghai, 1849-1949, Belin 1999, p. 274.
- ↑ Nicole BENSACQ-TIXIER, La France en Chine de Sun Yat-sen à Mao Zedong, Presses Universitaires de Rennes, 2014.
- ↑ Interview de Roderick Egal dans le Courrier de Chine daté du 21 octobre 1945
- ↑ Russian Collaborations with the Japanese in Shanghai, 1931-1945
- ↑ Le Kuomintang, le Parti Communiste Chinois, le Kominterm, le gouvernement collaborateur de Nankin et les Japonais https://bdoc.enpchina.eu/bios/yuan-shu/
- ↑ Compte-tenu du décalage horaire avec le Pacifique, l’attaque à Shanghai s’est produite le 8 décembre alors qu’il était encore le 7 décembre à Hawai lors de l’attaque de Pearl Harbor
- ↑ Revue de la France Libre, n° 35, février 1951
- ↑ Source https://pastvu.com/p/1611039
- ↑ Wànhángdù Road (万航渡路) (voir notre page de référence des rues du vieux Shanghai)
- ↑ voir notre moteur de recherche dans les Hong List du vieux Shanghai
- ↑ Page 3 du memo diplomatique
- ↑ Le Courrier de Chine du 4 octobre 1945.
- ↑ Le Journal de Shanghai du 27 février 1944 et du 3 mars 1944. Son départ n’aura lieu que le 2 juin 1944
- ↑ Source : https://francelibre.net/denonciation-shanghai-fl/
- ↑ Il est indiqué dans plusieurs publications que le coup de force japonais a interrompu la publication du Journal de Shanghai. Mais un document diplomatique français mentionne cette édition du 11 mars 1945. Le dernier Journal de Shanghai consultable dans des archives est daté du 25 novembre 1944.
- ↑ Le Journal de Shanghai du 22 septembre 1944. Marc Henri Duval a assuré l’intérim entre le 2 juin et le 21 septembre 1944
- ↑ Guy Brossollet, Les Français de Shanghai, 1849-1949, Belin 1999, p. 284.
