L’église Saint-Antoine de Jingdezhen

De Histoire de Chine
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Rédigé par Éric Bouteiller et David Maurizot[1]

À Jingdezhen, capitale historique de la porcelaine chinoise, se trouve aujourd'hui encore une église catholique connue sous le nom d'église Saint-Antoine (圣安多尼堂). Située aujourd'hui au 305 Zhonghua North Road, elle constitue l'un des témoignages encore visibles de la présence missionnaire française dans le Jiangxi à la fin des Qing.

Les sources chinoises locales attribuent traditionnellement sa construction à Jean-Louis Clerc-Renaud, missionnaire lazariste français connu sous le nom chinois de 田烈诺, et la datent de 1897. Le Jingdezhen City Gazetteer affirme ainsi que les missionnaires français auraient acquis plus d'une centaine de maisons et plusieurs dizaines de mu de terres à Chengjiashan (程家山), avant d'y édifier en 1897 une grande église catholique.

Mais l'étude récente de la correspondance de Jean-Louis Clerc-Renaud, publiée par son petit-neveu Paul Clerc-Renaud, invite à reprendre cette histoire de manière beaucoup plus précise. Les lettres du missionnaire lui-même permettent notamment de replacer la construction de Saint-Antoine dans une période plus tardive, après les bouleversements de 1900.

Jean-Louis Clerc-Renaud, un jeune Lazariste envoyé au Jiangxi

Jean-Louis Clerc-Renaud naît à Lyon le 18 juin 1866. Il entre chez les Lazaristes en 1887, est ordonné prêtre à Paris le 17 décembre 1892 et arrive à Shanghai le 14 février 1893.

Son arrivée en Chine ne signifie cependant pas son départ immédiat pour une mission intérieure. Pendant environ trois années, il travaille à la Procure lazariste de Shanghai, où il apprend le chinois et se familiarise avec la Chine. Paul Clerc-Renaud précise qu'après ses sept années de formation à la maison mère de Paris, son séjour à Shanghai constitue une véritable période d'apprentissage linguistique et culturel.

En 1896, il reçoit enfin son ordre de mission pour le Jiangxi. C'est donc à partir de cette date que commence véritablement son histoire avec Jingdezhen.

Jingdezhen : une implantation missionnaire dans la capitale de la porcelaine

Lorsque Clerc-Renaud arrive dans le Jiangxi, Jingdezhen est déjà depuis longtemps un lieu singulier dans l'histoire des relations entre la Chine et l'Europe.

Dès le début du XVIIIe siècle, le jésuite français François-Xavier d'Entrecolles (殷弘绪) séjourne à Jingdezhen et décrit dans ses célèbres lettres l'industrie porcelainière de la ville. Une lettre datée du 1er septembre 1712 mentionne même l'existence d'une église financée par le marquis de Broissia. Le Jingdezhen City Gazetteer souligne toutefois que rien ne permet aujourd'hui d'établir que cette première église se trouvait à l'emplacement de l'actuelle église Saint-Antoine.

Deux siècles plus tard, la présence catholique française s'inscrit dans un tout autre contexte. Les Lazaristes ont progressivement structuré leur implantation dans le Jiangxi et cherchent à créer des communautés permanentes, avec églises, écoles, catéchuménats et œuvres sociales.

À Jingdezhen, le choix de Clerc-Renaud semble avoir été particulièrement ambitieux.

Les sources locales indiquent qu'il acquiert, dans le secteur de Chengjiashan, plus d'une centaine de maisons, plusieurs dizaines de mu de terrains ainsi que deux « montagnes saintes » (圣山). Le complexe devait comprendre non seulement la grande église, mais également des chapelles ou salles annexes, des logements, des jardins et différents espaces nécessaires à la vie de la mission.

Le développement de la mission et la construction de l’église

L’église Saint-Antoine de Jingdezhen aujourd’hui

L'histoire de Clerc-Renaud à Jingdezhen est ensuite brutalement interrompue par la révolte des Boxers. Le jeune missionnaire doit quitter la région et se réfugie à Shanghai. Il est ensuite affecté aux troupes françaises présentes dans la région de Pékin.

Affecté de nouveau à Jingdezhen en 1901, il mentionne son projet d’église dans deux lettres datées de 1904.

Dans la première, le missionnaire décrit une communauté déjà solidement implantée : « J'ai environ 300 baptisés, ce qui donne un chrétien sur deux mille païens, et cependant je suis content de la situation, qui s'est beaucoup améliorée depuis les troubles de 1900. » Les chiffres témoignent d'une communauté encore minoritaire mais en croissance. Clerc-Renaud rapporte avoir entendu plus de 700 confessions, baptisé 31 adultes et béni 11 mariages au cours de l'année. Surtout, il décrit une véritable infrastructure missionnaire en développement : « L'an prochain les écoles seront pleines.» Il dispose déjà d'une école de filles, qui doit passer de 22 à 40 élèves, d'une école de garçons en construction et de locaux destinés au catéchuménat. Mais il manque encore l'élément central : « Il n'y a qu'un point noir, je n'ai pas d'église. » Clerc-Renaud explique alors que Mgr Vic vient de lui donner l'autorisation d'entreprendre la construction, à condition qu'il trouve lui-même les fonds nécessaires : « Mgr Vic, comme cadeau de nouvel an vient de m'autoriser à aller de l'avant à condition que je trouve les fonds nécessaires pour mener à bien l'entreprise. J'ai confiance et j'ose compter sur les bénédictions du ciel. Le sanctuaire sera dédié à Saint Antoine de Padoue. »

Une seconde lettre de la même année précise encore davantage la situation financière du chantier. Clerc-Renaud écrit : « Mes ressources sont épuisées. C'est à peine si je peux entretenir les écoles. Aussi suis-je placé dans l'alternative ou de suspendre mes travaux ou de tendre la main. » Puis vient la phrase qui nous intéresse directement : « J'ai jeté les fondations d'une église dédiée à Saint Antoine de Padoue. Pourrai-je jamais l'achever ? »

Ainsi, en 1904, les fondations sont posées, mais l'église est loin d'être achevée.

Quatre années plus tard, le ton a changé. Dans une lettre datée du 21 février 1908, Jean-Louis Clerc-Renaud écrit : « Il me manquait, jusqu'à présent, une église, pour donner au culte tout son développement. Mes vœux sont comblés ; j'espère, à Pâques, l'inaugurer. » Le chantier est désormais pratiquement terminé. Clerc-Renaud en donne même les dimensions : « Elle a 100 pieds de longs sur 40 de large. » Et surtout sa capacité : « Elle peut contenir huit cents à mille personnes. »

Les plaques de donateurs : une trace exceptionnelle

C'est cependant un autre élément, beaucoup plus discret, qui donne à l'église Saint-Antoine une valeur documentaire exceptionnelle. L’édifice conserve encore deux plaques ou stèles en pierre, encastrées dans les murs de part et d'autre de l'entrée de l'église. Elles porteraient les noms et montants des donateurs ayant contribué à la construction de l'église.

Elle pourrait ainsi transformer notre compréhension de l'église : non plus seulement comme un édifice construit par un missionnaire français en Chine, mais donnera un nom à ceux qui ont concrètement contribué à faire exister le bâtiment.

C'est pourquoi la prochaine étape de cette recherche sera une visite sur place de l'église Saint-Antoine. La priorité sera naturellement de photographier et transcrire les deux stèles mais il faudra également rechercher d'autres inscriptions : pierre de fondation, inscriptions latines ou françaises, dates gravées dans la pierre, inscriptions sur les portes ou les fenêtres, ainsi que d'éventuels éléments liturgiques conservés.

Enfin, il sera particulièrement intéressant d'interroger les responsables actuels de la paroisse sur l'histoire des deux stèles : ont-elles toujours été à cet emplacement ? Ont-elles été déplacées ?

Sources

  • Paul Clerc-Renaud, Missionnaire au Kiang-Si : Jean-Louis Clerc-Renaud (1866-1935), Librisphaera, 2024. L'ouvrage est fondé notamment sur la correspondance du missionnaire et constitue actuellement une source essentielle pour reconstituer son parcours.
  • 《景德镇市志》, section « 宗教志 », notamment les notices consacrées à l'introduction du catholicisme et aux édifices catholiques de Jingdezhen.

Notes

  1. ↑ Des outils d’intelligence artificielle ont été utilisés comme assistants pour la recherche documentaire, la traduction et la préparation du texte. Les auteurs ont vérifié et validé le contenu final et demeurent responsables de l’article et des références citées.