Le monument aux morts du cimetière de Baxianqiao
Rédigé en chinois par Liu Hua, traduit et complété par David Maurizot
Mars 1853 : le soulèvement Taiping établit sa capitale à Nankin. Dès juin, un mouvement qui s’en réclame, la « Société des Petits Couteaux », s’empare de la portion chinoise de Shanghai – alors encore protégée par de hauts remparts. Le 6 janvier 1855, après de longues tergiversations, l’armée impériale des Qing et l’armée française – dont la concession menacée jouxte directement la ville fortifiée – se décident à chasser les rebelles. Les Français vont concentrer leur attaque dans le secteur de la Porte nord.
« Le samedi 6 janvier, à six heures du matin, deux canons en position près du consulat ouvrent le feu sur la muraille nord. Pendant ce temps, deux colonnes, composées chacune de quatre pelotons et comptant en tout deux cent quarante hommes, se forment à l’abri du mur, prêtes à l’assaut[1]. » L’attaque est malheureusement un échec : 13 soldats français sont tués, plus d’une trentaine est blessée.
Sur les 13 soldats décédés, trois étaient officiers. « A la tête d’une compagnie de travailleurs, le lieutenant Durun s’avança avec intrépidité pour faire jeter sur le fossé-canal qui entoure la cité et en longe les remparts, le pont destiné au passage des autres détachements : atteint d’une balle insurgée il tombait dans le temps même que le pont venait d’être jeté. […] Les marins franchirent le fossé et escaladèrent les terres éboulées […] : les insurgés avaient imaginé de placer un grand canon chargé de mitraille vis-à-vis de la trouée et d’y mettre le feu lorsque les premiers assaillants parurent sur le sommet de l’éboulement ; c’est là que le lieutenant Petit fut tué ainsi que trois de ses hommes[2]. » « L’enseigne Discry, grièvement blessé, succomba quelques jours plus tard[3]. »

Érection du monument
Le 9 janvier, Benoît Edan, Consul de France à Shanghai, déclare avec émotion : « Le sang français a coulé pour une juste et sainte cause sur les remparts de Changhai… Les victimes généreuses qui ont trouvé la mort des braves en combattant pour sa dignité, et, vous le savez tous, pour la préservation de la colonie étrangère, contre une association de pirates chinois et de déserteurs étrangers, demandent au pays qu’ils honorent, à la religion et à leurs compatriotes qu’ils ont défendus au prix de leur vie, un monument qui consacre leur mémoire et témoigne de notre reconnaissance pour eux. Ce devoir sacré sera accompli par tout ce qu’il y a de Français en Chine[5]. »
La construction du monument est évaluée à 12.000 francs[6]. « M. Edan prit l’initiative d’une souscription française dont les fonds devaient être destinés à élever un monument funèbre à leur mémoire […], en peu de jours, la souscription atteignit un chiffre assez considérable. Le mausolée devait être construit près du consulat et l’on avait l’intention, dès qu’il serait fini et que l’ordre serait rétabli à Changhaï, d’y transporter les restes des victimes pour qu’elles reposassent à l’ombre du pavillon national dont elles avaient défendu les droits à la dignité[7]. »
« La cérémonie […] eut lieu le jeudi 15 mars 1855. Ce jour-là eut lieu le transport des corps des victimes du 6 janvier au mausolée construit près du consulat en leur honneur. En attendant l’achèvement de ce caveau, les cercueils étaient restés déposés à la cathédrale de Tong-ka-dou[8]. » « Dans un silence et un ordre parfait : Le chant des psaumes alternait avec la récitation des prières chinoises. On traversa ainsi le faubourg encore en ruines, on longea les débris de la batterie de la porte de l’est, naguère prise par les marins, on s’arrêta au nord de la ville. un peu avant le Yang-king-pang, où le monument devait s’élever. »
- ↑ Ch. B. Maybon et Jean Fredet, Histoire de la Concession française de Changhai, Plon, 1929, p. 126.
- ↑ Arthur Millac, Les Français à Changhaï en 1853-1855, Episodes du siège de Changhaï par les Impériaux, Ernest Leroux, 1884, pp. 37-38.
- ↑ Ch. B. Maybon et Jean Fredet, Histoire de la Concession française de Changhai, Plon, 1929, p. 127.
- ↑ Ch. B. Maybon et Jean Fredet, Histoire de la Concession française de Changhai, Plon, 1929, p. 126.
- ↑ Ch. B. Maybon et Jean Fredet, Histoire de la Concession française de Changhai, Plon, 1929, p. 129.
- ↑ Comité préparatoire de l’Institut de recherches historiques de Shanghai de l’Académie chinoise des sciences, Compilation de documents historiques sur le soulèvement de la Société des Petits Couteaux à Shanghai, Editions populaires de Shanghai, 1958, p. 914.
- ↑ Arthur Millac, Les Français à Changhaï en 1853-1855, Episodes du siège de Changhaï par les Impériaux, Ernest Leroux, 1884, p. 43.
- ↑ Arthur Millac, Les Français à Changhaï en 1853-1855, Episodes du siège de Changhaï par les Impériaux, Ernest Leroux, 1884, p. 50.