Un Peintre et Poête aux Messageries Maritimes : Louis Brauquier

De Histoire de Chine

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rédigé par Claire Le Chatelier

Plusieurs écrivains ont relaté leurs traversées à bord des Messageries Maritimes : Théophile Gauthier, Paul Morand, Pierre Benoît, Paul Claudel, Roland Dorgelès. C’est pourquoi nous voulons évoquer ici la figure de Louis Brauquier, peintre et poète, qui de 1941 à 1947 fut responsable de la Compagnie à Shanghai, alors sous occupation japonaise.

Né le 14 août 1900, Louis Brauquier passe son enfance à Saint-Mitre-les-Remparts et fait ses études au "Grand Lycée"(actuel Lycée Thiers) de Marseille. À vingt-deux ans, il est déjà le poète reconnu de Marseille et de la vie portuaire auxquels il consacre son premier recueil Et l'au-delà de Suez en 1922. Ses premiers écrits lui valent en 1923 le prix de poésie Catulle-Mendès.

Muni d’une licence de droit, il réussi le concours du commissariat de la Marine Marchande et entre aux Messageries Maritimes en 1924, naviguant sur les lignes de Méditerranée et d'Extrême-Orient. Tour à tour en poste à Sydney de 1926 à 1929, puis à Nouméa de 1930 à 1933, il navigue un temps détaché comme subrécargue sur le Saint-André faisant le service des Nouvelles-Hébrides. Il publie en 1931 une série de poèmes Eau douce pour navires, puis en 1932 un drame Pythéas. A partir de 1934, il réside à Alexandrie où il écrit Le Pilote. De 1941 à 1947, il est en poste à Shanghai sous l'occupation japonaise, et publie Ecrits à Shanghai, puis en 1948 à Diego Suarez. Agent général des Messageries Maritimes de 1952 à 1955, il séjourne à Saigon, Colombo, Sydney et Alexandrie dont il est expulsé en 1956 lors de l'expédition franco-anglaise de Suez avant de repartir pour Sydney et Nouméa. Faisant valoir ses droits à la retraite, il se retire à Marseille en 1960. En 1962, le Grand Prix Littéraire de Provence lui est décerné. Il devient Membre de l'Académie Ronsard en 1963. Il publie encore Feux d'Epaves en 1970, avant d’obtenir en 1971 le Grand Prix de poésie de l'Académie Française et la Grande Médaille de la Ville de Marseille. Il décède le 7 septembre 1976 d'une congestion cérébrale, alors qu’il se rendait à Paris au chevet de son ami Gabriel Audisio, collaborateur régulier des Cahiers du Sud, ami de Saint John Perse, Capitaine au long cours, sa vie  fut un voyage sans fin, de port en port, mais il sut se dégager des facilités de l'exotisme. C'est notre sort qu'il épingle comme une interrogation à travers les drames de la carte mal tenue, des écueils, de la tempête qui nous  joue parfois à quitte ou double. Ses poèmes plantent le décor des grandes villes portuaires où Marseille occupe une large place, figent en instants magiques le mouvement des navires, les voyages, l’exil et les amitiés lointaines, et chantent la mélancolie de la Provence et son âpre beauté.

Exilé forcé autour du globe par son métier auprès des Messageries Maritimes, Louis Brauquier n'aura de cesse, toute sa vie, de témoigner par ses écrits de son attachement viscéral à sa ville natale. Il est par excellence le poète de l’exil et de la mémoire qui, loin de ses racines, caresse l’espoir secret que le prochain bateau sera pour lui et le ramènera sur les bords du Lacydon aimé. Il est aussi le poète de l'attente, celui qui reste à quai quand d’autres partent sur les mers. C’est probablement dans ses écrits que Marcel Pagnol trouva la trame du personnage de Marius pour sa trilogie.

Mais Louis Brauquier est également le poète de la vie qui bat au coeur des villes maritimes, le chantre du bouillonnement des ports, le fidèle portraitiste des anonymes qui peuplent les quais et leurs alentours. Ce faisant, à l’instar d’André Suarès ou d’Albert Londres, il devient le miroir de cette période si particulière de l’entre-deux guerres qui voit l’apogée des compagnies de navigation marseillaises et des colonies. Un très beau moment de littérature que tout expatrié devrait connaître et sans nul doute apprécier.