Il était une fois… la Concession française de Shanghai

De Histoire de Chine
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Rédigé par David Maurizot

Parmi toutes les curiosités que Shanghai offre, l’ancienne Concession française tient une place singulière. Ce minuscule fragment de France transplanté en Chine est aujourd’hui difficile à saisir. La Société d’Histoire des Français de Chine vous livre ici cinq repères essentiels pour éveiller votre curiosité avant vos propres explorations.

Dates clés : création et fin

L’ancien Quai de France (ou French Bund), aujourd’hui Zhongshan Dong Er Lu

La Concession française de Shanghai a été officiellement établie par un traité le 6 avril 1849, après la Première Guerre de l’opium qui força la Chine à ouvrir plusieurs ports au commerce étranger[1].

Près d’un siècle plus tard, en pleine tourmente de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement de Vichy, docile aux injonctions de l’occupant japonais, signa, le 30 juillet 1943, un accord la restituant au régime chinois collaborant avec les Japonais. De Gaulle, fidèle à son rôle d’empêcheur de capituler en rond, refusa d’en reconnaître la validité. Il fallut donc, après la victoire, procéder à une seconde rétrocession, officielle cette fois, le 28 février 1946[2].

Délimitation géographique

Les limites de la Concession française sur une carte actuelle

Située sur la rive occidentale du Huangpu, la Concession n’était, à l’origine, qu’un modeste lopin de terre de 66 hectares. Au fil des décennies, elle s’étira, s’élargit[3], grignotant la campagne chinoise jusqu’à couvrir 1022 hectares. À son apogée, elle se déployait, en gros, entre :

  • Le fleuve à l’est, le long de ce qui est aujourd’hui la Zhongshan Dong Er Lu, en contrebas du Bund ;
  • La Renmin Lu au sud (vestige du tracé de l’ancienne muraille de Shanghai), prolongée par la Zhaojiabang Lu ;
  • La Huashan Lu à l’ouest ; et
  • Au nord, la Yan’an Lu

Son identité était singulière, et l’empreinte qu’elle a laissée demeure inscrite dans la pierre. Les rues, naguère baptisées en l’honneur de figures françaises (telle la rue Joffre, aujourd’hui Huaihai Lu ou la rue du Consulat, devenue Jinling Dong Lu) composent encore un atlas discret du passé. Pour les curieux, notre Société a conçu un outil qui permet de retrouver ces noms d’autrefois. Il guidera vos recherches comme vos flâneries dans ce Shanghai d’hier : https://www.histoire-chine.fr/vieux-shanghai/

Concession française, Concession internationale

Shanghai et ses concessions dans les années 1930

Au temps des concessions, Shanghai n’avait rien d’un tout uniforme : c’était une ville éclatée en trois mondes :

  • D’abord, la ville chinoise, bien antérieure à l’arrivée des Occidentaux, resserrée autour de ce qui est aujourd’hui le Parc Yu.
  • Puis, la Concession internationale, née à la fin du XIXe siècle de la fusion d’une concession britannique et d’une concession américaine.
  • Enfin, la Concession française, jalouse de son autonomie.

C’est quoi une Concession ?

La police française défilant dans une rue de la Concession en 1936

Contrairement à une colonie, territoire annexé et placé sous souveraineté étrangère, une concession reste, en théorie, sous l’autorité du pays hôte. C’est une portion de territoire qu’un État souverain accorde à une puissance étrangère pour qu’elle l’administre, généralement pour une durée déterminée. Dans la Concession française, cette autonomie était presque totale : conseil municipal, police, tribunaux, tout y fonctionnait à la française. Ce régime d’extraterritorialité attira une population variée : aux côtés des Européens, de nombreux Chinois vinrent y chercher un abri contre les troubles de l’époque.

Influence catholique

La cathédrale Saint-Ignace à Xujiahui/Zikawei

L’influence française ne se mesurait pas seulement en règlements administratifs ou en alignement de platanes. Elle se manifestait aussi dans la ferveur missionnaire, très forte en France au XIXe siècle et au début du XXe siècle. À Xujiahui (Zikawei pour le dire comme les Shanghaïens), les jésuites français installèrent une mission qui devint un foyer intellectuel et spirituel majeur : cathédrale Saint-Ignace, écoles, bibliothèque, orphelinats, et jusqu’à un observatoire astronomique. On appelait ce quartier, non sans un certain sourire, « le petit Vatican de l’Extrême-Orient ».

Notes et références