L’église Saint-Michel de Pékin

De Histoire de Chine
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Rédigé par Célia Vanwalleghem

La Légation française

Plan de Pékin en 1861

En 1860, à la suite de la signature du Traité de Pékin qui met fin à la Seconde Guerre de l’Opium et consacre la victoire des puissances européennes sur la Chine, la première légation française est installée à Pékin. Elle s’établit dans ce qui est aujourd'hui le district de Dongcheng, au cœur des fameux hutongs et à proximité de la Cité interdite. À cette époque, les légations (on ne parlait pas encore d'ambassades) forment le quartier diplomatique de la ville.

Cette dynamique est bouleversée lors de la Révolte des Boxeurs : un vaste mouvement de contestation contre la présence étrangère et l'influence chrétienne qui s’étendit de 1899 à 1901. Le quartier des légations, où résidaient de nombreux diplomates et expatriés occidentaux, devient alors un refuge pour les étrangers et les Chinois convertis au christianisme. C’est à partir du 20 juin 1900, et ce durant 55 jours, qu'il sera assiégé par les Boxeurs, appuyés des troupes impériales.

La victoire de la coalition alliée marque la fin du siège et ouvre une période de travaux de reconstruction. Le quartier des Légations est alors reconstruit, étendu, fortifié et placé sous la juridiction des pays étrangers. La Légation française profite de cette opportunité pour restaurer ses bâtiments et renforcer sa présence à Pékin, amorçant ainsi une nouvelle phase d’influence au cœur de la capitale impériale.

Construction

Alphonse Favier, évêque de Pékin au moment de la construction de l'église

La victoire des forces alliées sur la Chine accorde de nombreux privilèges aux puissances victorieuses et favorise l’installation d’une importante communauté étrangère à Pékin. Face à cet essor, le besoin d’un lieu de culte catholique pour servir l'enclave diplomatique devient rapidement évident.

L'église Saint-Michel, située au 13 Dongjiaominxiang, a été construite dans le cadre des installations de la Légation française voisine. Le début de la construction remonte à 1901 et l'édifice est achevé en 1902 (certaines sources mentionnent une ouverture en 1904). Les fonds ont probablement été levés et collectés par des missionnaires. De son côté, le nom de l'architecte ou du bureau de conception de l'église n'est pas identifié dans les sources directes.

Photographie de l’église, circa 1900-1910[1]

L’église Saint-Michel devient ainsi un lieu de culte privilégié pour les étrangers vivant à Pékin. Étant l'église de la Légation, elle était initialement gérée par le clergé français, sous la tutelle du Protectorat catholique exercé par la France en Chine.

Architecture

L'intérieur de l'église

L’église, de style néo-gothique, s'élève avec ses tours jumelles. Elle présente un extérieur en marbre  et s'étend sur une surface de 2 656,4 m². L'une de ses particularités architecturales réside dans son orientation : l’église est orientée Nord-Sud, s’écartant de l'alignement Est-Ouest conventionnel des édifices chrétiens. Cette déviation est probablement due aux contraintes urbaines du hutong de Dongjiaominxiang.

Son intérieur, en bois, est orné de voûtes à arcs nervurés soutenues par des piliers ronds, avec un sol recouvert de carreaux. L'édifice est orné de vitraux détaillés. Au-dessus de l’entrée principale, une statue délicatement sculptée de l’Archange Saint-Michel, protecteur des fidèles, domine la façade.    

Autour du sanctuaire, un ensemble de bâtiments annexes complète l’édifice. Cela inclut la résidence du curé à deux étages et des bureaux. Ces structures supplémentaires sont remarquables car elles incorporent des styles architecturaux chinois, illustrant une fusion harmonieuse et pragmatique entre influences chinoises et occidentales pour les besoins logistiques de l'église.

Fermeture

Avec l'établissement de la République populaire de Chine en 1949, le paysage politique et religieux du pays est profondément transformé. Le Parti instaure une politique stricte de contrôle et de réduction des influences étrangères. Tandis que les prêtres étrangers quittent le pays, des prêtres chinois sont progressivement nommés pour diriger l'église.

Durant les années 1950, l’église Saint-Michel est ensuite contrainte de cesser ses activités et fut fermée au culte. Les bâtiments et biens ecclésiastiques sont alors réaffectés à des usages publics. L’église fut mise sous la gestion de l'école élémentaire Taijichang et utilisée comme salle de réunion, perdant ainsi sa fonction religieuse. Ce statut utilitaire lui a paradoxalement sauvé la vie.

Durant la Révolution culturelle (1966-1976), période où de nombreux lieux de culte furent saccagés ou démolis, l'église a survécu. Elle est restée exempte de dommages graves et sa structure est demeurée inchangée. Sa petite taille et son utilisation comme salle d'assemblée par l'école l'ont protégée du sort tragique réservé aux symboles religieux jugés plus ostentatoires.

Réouverture

Vue de l'extérieur

Ce n’est qu’au début des années 1980, avec la politique d’ouverture et de réforme initiée par Deng Xiaoping, que la liberté religieuse est progressivement rétablie.

Des travaux de réparation commencent dès 1986. En 1989, après plus de 30 ans de silence, l’église rouvre finalement ses portes en tant que lieu de culte. Des travaux d'entretien et de réparation structurelle et cosmétique (comme la peinture) se sont poursuivis, notamment autour de l'an 2000.

Aujourd’hui, l’église Saint-Michel de Pékin demeure active. Elle est classée Site historique et culturel majeur protégé au niveau national, reconnaissant sa valeur historique et architecturale. Elle dépend du diocèse catholique de Pékin, est gérée par des prêtres chinois et accueille régulièrement des messes en langue chinoise fréquentées par la communauté locale chinoise. Elle incarne désormais l’intégration du catholicisme dans la société chinoise contemporaine, tout en conservant son charme néo-gothique au cœur de l’ancien quartier des légations.

Sources

Références

  1. ↑ Laribe, Firmin. Pékin - Cathédrale du quartier des Légations. 1900-1910. Photographie, extrait de Chine. Temples. Tours et portes chinoises. Églises. Portiques. Ponts. La Grande Muraille de Chine. Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, Paris. Cote : VH-237 (2, 1)-8. [Lien]