La concession française de Shamian (1861-1946)

De Histoire de Chine
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rédigé par Patrick Nicolas

Suite à la dernière destruction des factoreries en 1856, lieu où résidaient les commerçants et diplomates étrangers à Canton, la  « Commission de Canton »  (qui gère la ville après sa prise par les forces anglo-françaises début 1858), sous l’autorité du consul britannique M. Harry Parkes, choisit courant avril 1859 comme nouveau site un terrain un peu plus à l’ouest des anciennes factoreries, une bande de sable vaseuse presque inhabitée, appelée Shameen en cantonais.

Afin d’en assurer une meilleure protection et aussi pour faciliter le commerce, la commission entreprend un très large programme d’aménagements financé par l’Angleterre pour 4/5e et par la France pour 1/5e (équivalent à 72000 piastres pour la France) qui durera jusqu’en septembre 1861. Un canal délimitant les côtés nord et est du terrain avec la ville sera notamment aménagé ainsi que deux ponts reliant respectivement les concessions anglaise et française offrant une meilleure sécurité aux résidants étrangers de Canton.

Le 17 septembre 1861, Alphonse de Bourboulon signe officiellement avec le gouvernement chinois une convention de concession sur « l’îlot » de Shameen, d’une surface de 4 hectares et 45 ares (représentant 1/5e de la surface totale de l’îlot, conformément à la hauteur de la somme investie par les autorités françaises dans l’aménagement). Cette concession est louée à perpétuité moyennant un loyer annuel de 1500 sapèques par mou, soit 99 piastres. Le terrain est alors divisé en 24 lots pour être mis en vente auprès de particuliers.       

Carte de Shamian au début du 20e siècle

Ce n’est malheureusement qu’à partir des années 1890 que l’état Français commencera à trouver des acquéreurs à ces lots du fait principalement d’un article original qui précisait que seul des personnes de nationalité française pouvaient en devenir propriétaires moyennant des baux emphytéotiques de 99 ans avec en outre le paiement d’un débours supplémentaire correspondant aux frais d’investissements des autorités françaises que celles-ci comptaient répercuter proportionnellement sur chaque lot. Les Anglais, de leur côté, n’ayant pas émis de telles conditions avaient monopolisé le marché et bien développé leur concession voisine (voir gravure ci-dessous de 1883).

Gravure de Shamian en 1883


Bien qu’ayant changé ces conditions de vente en 1883 (comme le montre un bail signé pour une durée de cinq ans à un Allemand, Auguste Raven, qui y construit une fabrique de glace), ce n’est qu’avec l’arrivée à Canton au mois d’avril 1889 du nouveau consul, M. Camille Imbault-Huart, que prend finalement l’essor de la Concession française à Shamian. Suite à un meilleur environnement économique en France et surtout grâce à de meilleures relations avec les autorités chinoises à Canton, quelques mois seulement après son arrivée, le 6 novembre 1889 à dix heures du matin, il met aux enchères publiques 21 lots de la Concession française (3 lots étant gardés pour la construction d’un consulat). Chaque lot a 27 mètres de face sur 42 mètres de profondeur ; la mise à prix est de 1000 piastres pour les lots situés sur le chemin du sud vers la rivière, de 800 piastres pour les lots situés au nord de l’allée centrale et de 400 piastres seulement pour les lots en bordure sur le chemin avoisinant le canal. Le jour même, le nouveau consul informe le ministère que tous les 21 lots ont été vendus. Dans la foulée, Camille Imbault-Huart forme une commission municipale provisoire sous sa présidence et s’attache à remettre « en état » le terrain de la concession française qui ne servait en fait à cette époque que de dépôt d’immondices ou de pâturages… à la concession anglaise ! Il met également en place le 1er corps de police municipal français composé d’un caporal et de six agents. Un poste de police est construit en moins de deux mois où s’y installe les agents le 21 janvier 1890. Sur les 21 lots vendus, seul sept ont été acquis par des Français principalement par la mission catholique, le plus gros acheteur étant un anglais, M. Chater, ayant acquis neuf lots.

À la fin de l’année 1891, neuf bâtiments sont maintenant recensés dont une chapelle et un presbytère construits par la mission catholique sur le lot 13. Ce n’est qu’à partir de janvier 1894, grâce à des fonds débloqués par la Chambre des députés en France, que commencent les travaux de construction d’un consulat. Un jardin public le long du quai est également aménagé et inauguré le samedi 1er décembre de la même année, de cinq à huit heures du soir devant toute la communauté étrangère résidante à Canton (environ 250 personnes).

Jardin public français vers 1900

On peut donc considérer le consul Camille Imbault-Huart comme le grand architecte du développement de la concession française de Shameen. Il mourût malheureusement d’une dysenterie le 29 novembre 1897, à Hong Kong où il avait été transporté.

La Concession de Shamian fût officiellement rendu à la Chine par le traité franco-chinois du 28 février 1946 signé à Tchongking où la France renonçait à ses territoires et concessions en Chine.