Mgr. Guillemin, fondateur de la cathédrale de Canton

De Histoire de Chine
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rédigé par Patrick Nicolas & Fabien Pacory

Philippe-François-Zéphyrin GUILLEMIN[1]

Dans l’histoire des Français à Canton au XIXè siècle, Mgr. Guillemin est probablement celui qui a non seulement le plus œuvré pour la France et la Chine mais aussi laissé une trace de ses longs séjours à Canton avec la Cathédrale du Sacré-Cœur qu’il fit construire. Celle-ci est toujours présente de nos jours.

   Paradoxalement, Mgr. Guillemin est très peu connu malgré la publication en 1919 à Macao par le Frère Régis Gervais (sous le pseudonyme Eudore de Colomban), écrivain des  MEP, d’une biographie de 488 pages à son sujet sous le titre « Hommes et Choses d’Extrême-Orient » où l’on peut ainsi le découvrir.

Voici ce que l’on peut aussi apprendre au sujet de Mgr. Guillemin sur le site des MEP :   

 « Le premier missionnaire envoyé au Kouang-tong, après que cette province eût été avec le Kouang-si confiée, en 1848, à la Société des Missions Etrangères de Paris, fut aussi dans cette mission le premier préfet apostolique avec caractère épiscopal. Il vint au monde à Vuillafans (Doubs) le 16 mars 1814. Il fit ses études chez les Jésuites à Dôle et à Fribourg en Suisse, puis au grand séminaire de Besançon où il fut ordonné prêtre le 8 septembre 1839. Après avoir été vicaire à la cathédrale, il passa près de trois ans au secrétariat de l'archevêché.

   Le 5 mai 1848, il entra au Séminaire des MEP, et le 9 août suivant, il partait pour la mission du Kouang-tong et Kouang-si. La mission, a-t-il écrit, « comptait alors 2 000 chrétiens ressemblant bien plus à des païens qu'à des adorateurs du vrai Dieu, trois ou quatre chapelles, et deux écoles. »   

   Après avoir passé quelque temps à Canton et à Cha-tao où il construisit un oratoire, démoli par les Chinois en 1884, il établit à Hong-kong le séminaire Saint-François-Xavier, qui dès la première année renfermait une vingtaine d'élèves de 11 à 22 ans. Il dirigeait cette maison, quand un bref du 16 novembre 1853 lui conféra le titre de préfet apostolique. Trois ans plus tard, il se rendit à Rome pour demander que le Kouang-tong et le Kouang-si fussent exemptés de la juridiction de Macao. Il apprit en y arrivant sa nomination d'évêque de Cybistra (le bref est du 8 août 1856) et, le 25 janvier 1857, Pie IX le sacra dans sa chapelle, assisté de Mgr. Barbolani son aumônier, patriarche d'Antioche, et de Mgr. Morinelli, évêque de Porphyre et sacristain du sacré palais.

   Le 29 février suivant, le cardinal di Pietro signait à Lisbonne le concordat qui laissait au diocèse de Macao la province du Kouang-tong, et par conséquent l'enlevait à la Société des MEP. Guillemin reprit aussitôt le chemin de Rome, pour expliquer avec plus de force encore qu'il ne l'avait fait précédemment les périls créés par la juridiction de Macao, et l'impossibilité où il était de suivre les instructions de la Propagande, qui l'avait engagé à s'installer au Kouang-si. En effet, il ne pouvait absolument pas se fixer dans cette province par suite de l'opposition violente des autorités chinoises. L'évêque n'eut pas, du moins on l'a dit, toutes les qualités nécessaires au chef d'une mission en Chine ; mais il conduisait très bien une négociation et savait faire triompher son opinion. Il eut gain de cause. Pie IX signa, le 17 septembre 1858, un bref déclarant que les provinces du Kouang-tong et du Kouang-si, avec l'île de Haïnan, ne formaient plus qu'une préfecture apostolique, dont le soin était confié à Mgr. Guillemin, à l'exclusion de tout autre. Par cet acte, Rome parait aux difficultés pratiques que faisait surgir l'ingérence de Macao dans le Kouang-tong.

   Pendant son voyage en France, le préfet apostolique avait obtenu de Napoléon III un subside de 500 000 francs pour élever une église à Canton, et, grâce à ce don et à d'autres, il put se mettre à l'œuvre dès 1861. Par le bref « Hisce diebus » du 10 janvier de cette même année, le Pape le félicita de son projet. D'autre part, il obtint du gouvernement chinois, comme compensation des chapelles détruites, l'ancien prétoire du vice-roi, situé dans le centre même de Canton ; c'est là qu'il construisit sa cathédrale. La première pierre de l'édifice fut posée le 8 décembre 1863, dans une cérémonie très solennelle au sujet de laquelle il reçut le bref « Ex tuis observantissimis » du 12 mai 1864. C'est un des plus beaux édifices d'Extrême-Orient, tout en granit, rappelant beaucoup par son architecture l'église Sainte-Clotilde de Paris. Près de l'église, il bâtit l'évêché et un orphelinat. Il fit aussi édifier à Sancian, sur le tombeau de saint François-Xavier, une belle chapelle, qui fut inaugurée le 25 avril 1869. Il restaura un ancien cimetière chrétien aux portes de Canton, et y dressa un monument à la mémoire des soldats français morts à la prise de cette ville en 1857.

   Par deux actes, le premier du 6 février 1861 et le second du 14 janvier 1864, il avait cédé au préfet apostolique de Hong-Kong quelques arrondissements situés dans la partie sud-est de sa mission.

   En 1870, il se rendit au concile du Vatican, prit part aux travaux entrepris par les vicaires apostoliques pour réviser le Règlement général de la Société des MEP, et se montra opposé à tout changement. Afin de rétablir sa santé, et plus encore pour recueillir des aumônes qu'il sollicitait par des sermons, des conférences, des lettres, il resta en Europe jusqu'au commencement de 1875.

   A son retour en Chine, les deux provinces, Kouang-tong et Kouang-si, qui composaient sa mission furent séparées par le bref « Simul ac » du 6 août 1875, et formèrent chacune une préfecture apostolique. Guillemin conserva le Kouang-tong. Le 23 mars 1876, il signa une convention, que Rome ratifia, par laquelle il cédait l'île de Haïnan et les îles adjacentes à l'évêque de Macao, Em. Laur. de Gouvea.

   Si sa tâche se trouvait diminuée par ces changements, elle demeurait lourde, et l'évêque ne put s'en occuper quelques années encore sans perdre ce qui lui restait de santé. N'ayant plus les forces suffisantes pour gouverner, il rentra en France en 1879, reçut en 1881 pour coadjuteur A. Chausse, et mourut à Besançon le 5 avril 1886.

   Pendant sa vie, on a parfois regretté que son activité ait été en grande partie absorbée par les soucis de la construction de la cathédrale de Canton ; depuis sa mort, on songe davantage à admirer l'œuvre qu'il a faite. Ajoutons que, grâce au travail persévérant et heureux de ses prêtres, la mission s'était développée, puisque, de 2000 en 1848, le nombre des catholiques était, en 1881, monté à 21882 ; au lieu de trois ou quatre chapelles il y en avait plus de 100, et les 2 petites écoles du début étaient remplacées par 2 grands orphelinats et par 60 écoles. »

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Située aujourd’hui au 56 Yide Lu, elle a été construite sur le site de la résidence du vice-roi du Guangdong et du Guangxi sous la dynastie des Qing (au cours de la Seconde Guerre de l'Opium, la résidence a été complètement détruite). Basé sur les termes d'un décret émis par l'empereur Daoguang en février 1846 qui promettait l'indemnisation des biens des missions chrétiennes en cas de destruction, la Société des MEP, via Mgr. Guillemin, a obtenu le site en signant une entente avec le gouvernement de la dynastie Qing le 25 janvier 1861.

   Avec le soutien financier de l'Empereur Napoléon III (1ère subvention de 500,000 francs en 1858 sur ses deniers personnels) puis du gouvernement français en 1873 (2e subvention de 75,000 francs votée par l’Assemblée nationale), Mgr. Guillemin, qui fût en charge de la conception, supervisa les travaux de construction. Il invita l'architecte français nancéen Léon Vautrin pour la conception de la cathédrale dont l'architecture néo-gothique sera approuvée en 1863. La façade de la cathédrale est construite sur le modèle de la Basilique Sainte-Clotilde de Paris, tandis que la nef et le chœur reprennent comme modèle la Cathédrale Saint-Étienne de Toul.

   Les fondations de la cathédrale ont été posées le 18 juin 1863 et les travaux ont débuté le 26 août. Deux pierres de fondation, issues des catacombes de Rome, portent les mots "Jérusalem 1863" et "Roma 1863". De chaque ville, un kilo de terre a été prélevé pour être mélangé et placé sous les deux pierres. La cérémonie d'inauguration eu lieu le 8 décembre de la même année, jour de fête de l'Immaculée Conception.

   Mgr. Guillemin ne verra malheureusement pas l'achèvement de la cathédrale. Il mourût à l'âge de 72 ans à Besançon en 1886, deux ans avant que la cathédrale ne soit terminée. Le projet passa ensuite sous la supervision de son successeur, l'évêque Augustin Chausse. La cathédrale fut finalement consacrée en 1888 après 25 années de construction.

Lai AFONG Albumen Print – 1890s
Cathédrale du Sacré-Cœur[3]
Evêché[4]
  1. Source : Archives des Missions Etrangères de Paris (MEP)
  2. Source : archives des MEP
  3. Archives des MEP
  4. Archives des MEP