Mon mariage chinois

De Histoire de Chine
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rédigé par Cécile Dupire

Le témoignage d’une femme sur la Chine des années vingt, raconté à partir de ses récits de voyages, de sa correspondance et de son journal intime, sous la direction de sa petite-fille Danielle Dufay.

Mon mariage chinois, Lettres de Chine 1922-1924 D’après les récits de Jeanne de Lyon – ELYTIS - 2004

Charmée par les manières de Phan, un étudiant chinois, Jeanne Rambaud – Jeanne de Lyon de son nom de plume – l’avait épousé en 1913 après d’éternelles fiançailles, et l’avait vu partir en 1915 préparer leur installation en Chine. Elle qui en se mariant était devenue, aux yeux de la loi française, une « Chinoise, femme d’asiatique », « [trainant sa] nationalité comme un boulet » avait traversé seule la guerre et attendu pendant sept ans des nouvelles de ce mari si lointain qui repoussait toujours le moment de leurs retrouvailles.

En novembre 1922, sur l’invitation de son mari, Jeanne embarque enfin sur l’Ernest Renan pour rejoindre cet homme devenu « inconnu » dans un pays dont elle ignore tout de la langue et des usages. Pour sa sœur, elle retrace dans des lettres son épopée personnelle, à cette époque où l’expatriation devenait pour certaines synonyme d’exil. Sa plume magnifique décrit les escales, l’ambiance cosmopolite de la vie sur l’Ernest Renan avec la même acuité que lorsqu’elle met en scène la vie de Hong Kong, de Macao ou les rues de Canton. Présentée à la famille de son mari à Canton, elle est d’abord profondément heurtée par les contrastes de la Chine, les odeurs, la saleté, la misère et les manières d’un peuple dont elle ignorait tout et n’imaginait que la finesse et le raffinement. Elle découvre à quel point l’homme qu’elle a épousé est redevenu parmi les siens, le Chinois qu’il a n’a jamais cessé d’être. Refusant de s’établir avec lui dans l’atmosphère d’un Canton qui la révulse, elle s’installe à Hong Kong, et tombe sous l’emprise des beautés insolentes de l’île.

Apatride, n’appartenant à aucun monde, blessée par ceux qui jugent inconvenant qu’une des leurs ait choisi d’épouser un Chinois, elle s’éloigne de ses consœurs et dépeint sans concession une communauté d’expatriées « gâtées par trop de confort. […] Elles ne tardent pas à perdre pied dans le tourbillon de la fête et n’hésitent pas à s’enivrer d’achats. Une femme futile ne s’ennuie pas ici. Comme elle est dégagée de ses obligations de mère et d’épouse, elle ne pense qu’à se distraire. Mais une femme cultivée est vite lassée d’une société uniforme et superficielle, elle juge leurs insipides plaisirs dépourvus d’intérêt ».

Sa plume n’épargne pas non plus les travers des riches familles chinoises, qui singent une vie occidentale inspirée d’Hollywood, et épingle le contraste entre l’origine de la fortune des riches familles macanaises et leur attitude bien pensante voire dévote. Indépendante, femme de lettres et humaniste, elle s’intègre peu à peu dans la seule société qui l’accueille, celle des Chinois ayant fait leurs études à l’étranger, et trouve avec leur amitié l’envie d’explorer la Chine de Shanghai à Pékin et d’y découvrir, malgré les dangers pour une femme voyageant seule, la beauté de l’Empire du Milieu, sa culture et ses arts. Commence alors un magnifique voyage, un témoignage sur une époque et le destin d’une femme d’exception, qui se lit comme un roman.