Paul Morand, une escale inquiète vers l’avenir

De Histoire de Chine
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rédigé par François Drémeaux

De passage à Hong Kong en 1925, l’écrivain livre son analyse sur l’avenir du « rocher victorien », perdu au milieu des conflits de l’époque.

En 1926, Paul Morand publie Rien que la Terre, un récit de voyage épicé, aux descriptions vives et précises. L’année précédente, l’auteur de Tendres stocks ou La Fleur Double, futur académicien et à cette époque diplomate, était en route pour prendre ses fonctions de gérant de la légation de France à Bangkok. Pour arriver à destination, il s’était accordé trois mois de voyage en passant par les Etats-Unis, le Japon et la Chine.

L’écrivain s’attarde quelques jours et quelques pages sur Hong Kong. Il arrive en pleine grève des coolies. Il est tout de même impressionné par la colonie britannique : « Encore une de ces clés du monde dont l’Angleterre devrait porter un trousseau comme emblème ». Toutefois, « Hong Kong se rouille », empêtrée dans les conflits sociaux qui touche le cœur et la raison d’être de la ville : le commerce. C’est pour le diplomate l’occasion d’une analyse sur l’avenir de la région. Pour lui, la Révolution en Chine est un facteur déterminant mais le rôle du Japon est primordial. Selon lui, c’est « une nouvelle phase des rapports millénaires de l’Occident et de la Chine, où le Japon joue son jeu mystérieux, isolé et attentif ».

Son étude le porte en avant, avec l’inquiétude d’un éventuel renvoi des Occidentaux hors de Chine, comme une juste récompense de leurs méthodes brutales. Il critique « la loi de la force » trop souvent employée par les Blancs et déplore que les rencontres entre les deux peuples se fassent armées… « Est-ce là le progrès ? ». Il enchaîne en félicitant l’apparente passivité anglaise ; « quelques cases chinoises détruites par le canon ne prouveront rien ». Le problème est bien plus large et concerne tous les Européens car « pour l’Asie, tous les Blancs se ressemblent ». Derrière les tournures élégantes, Paul Morand, pourtant critiqué à maints égards pour ses futures positions politiques, invite les Occidentaux à repenser leur attitude envers une Chine dévorée par les conflits. L’écrivain diplomate, inlassable voyageur, poursuit ensuite ses pérégrinations avec un ton plus léger. En 1927, il disait dans son ouvrage Le voyage, « s’en aller, c’est gagner son procès contre l’habitude ».

Sources

  • Morand, Paul, Rien que la Terre, Editions du Nord, Bruxelles, 1929.