La France et la victoire contre le Japon en Asie-Pacifique

De Histoire de Chine

Cet article est une contribution du Souvenir Français de Chine. → Visitez le site du Souvenir Français

Rédigé par David Maurizot

Le 2 septembre 1945, le général Leclerc était présent à bord du cuirassé USS Missouri dans la Baie de Tokyo. Il y représente la France victorieuse au moment où le Japon signe sa capitulation. Pourtant, la photographie ci-dessous, bien connue des historiens, est aujourd’hui oubliée. Le rôle de la France dans le théâtre Asie-Pacifique de la Seconde Guerre mondiale reste méconnu. Alors que nous commémorons les 80 ans de la reddition japonaise, revenons sur ces évènements où plusieurs milliers de civils et militaires français ont perdu la vie en luttant contre le Japon.

2 septembre 1945, le général Leclerc paraphe l’acte de capitulation japonais à bord du Missouri[1]

Les territoires français en Asie-Pacifique

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la France disposait d’une présence coloniale importante dans la région :

  • En Océanie, avec la Nouvelle-Calédonie et ses dépendances (dont Wallis-et-Futuna), les Nouvelles-Hébrides (condominium franco-britannique), et les Etablissements français de l’Océanie (aujourd’hui Polynésie française).
  • En Asie, avec l’Indochine française (aujourd’hui Vietnam, Cambodge, Laos) mais aussi des concessions en Chine à Shanghai, Tientsin (Tianjin), Hankou (Wuhan) et Canton. A cela s’ajoute une communauté française active dans la colonie britannique de Hong Kong, où la France maintient un consulat et des institutions historiques.

L’Océanie et le ralliement à la France libre

Dès l’Appel du 18-Juin, les territoires français du Pacifique vont rejoindre rapidement et massivement la France libre. De ce ralliement naît le Bataillon du Pacifique, composé de volontaires calédoniens, tahitiens et wallisiens. Ce bataillon, intégré à la 1ère Division française libre, combattra en Afrique du Nord, en Italie et en France.

L’aviso Chevreuil en 1946[2]

Mais, ces territoires donnèrent aussi leurs hommes à la mer. Intégrés aux Forces navales françaises libres (FNFL), la plupart servirent dans les eaux de l’Atlantique et de la Méditerranée. Quelques-uns restèrent toutefois dans le Pacifique et soutinrent l’effort de guerre français contre le Japon. Le contre-torpilleur Triomphant traça par exemple sa route entre l’Australie, la Nouvelle-Calédonie et l’Asie du Sud-Est, escortant les navires alliés, évacuant les petites îles de Nauru et Océan avant que le Japon les envahisse. Les avisos Chevreuil et Cap des Palmes suivirent des voies semblables, et c’est sous leur pavillon que Wallis se rallia. Plus loin, dans les eaux de la Flotte britannique d’Orient, le cuirassé Richelieu fit parler ses canons jusqu’aux rivages de Sumatra, où s’élevaient des forteresses japonaises.

Indochine

En Indochine, tout se joua en deux actes.

Troupes françaises en retraite vers la frontière chinoise[3]

Le premier commence avant même Pearl Harbor. Du 22 au 25 septembre 1940, le Japon frappe le Tonkin (le Nord du Vietnam actuel) dans une brève guerre sans déclaration. L’objectif était de couper à la Chine l’accès aux armes et au carburant que lui procurait le chemin de fer français allant de Haiphong à Kunming. L’attaque ouvre la porte à une occupation de fait par l’armée impériale japonaise. L’administration coloniale française, restée fidèle à Vichy, continue pourtant d’exercer ses fonctions. Comme si la fiction politique pouvait masquer la réalité militaire.

Le second acte s’ouvre dans la nuit du 9 mars 1945. Sans prévenir, les troupes japonaises se retournent contre les garnisons françaises. Hanoï, Lang Son tombent. Les promesses faites aux assiégés sont trahies. A Lang Son, la garnison est massacrée : le général Lemonnier et le résident Camille Auphelle sont décapités. Sur 34 000 civils et 12 000 militaires métropolitains, plus de 3 000 meurent. Ceux qui résistent sont envoyés dans des camps. Au Tonkin, une poignée parvient à se réfugier dans la jungle, puis à gagner la Chine. Sous le nom de « Colonne Alessandri », elle rejoint la Mission militaire française en Chine.

Chine

En Chine, la présence française fut prise entre ces deux forces contraires : l’occupation japonaise et la fracture ouverte entre Vichy et la France Libre. Dans les concessions, il fallut vivre sous l’œil de l’occupant, subir ses pressions diplomatiques, et supporter les querelles venues de métropole. Les réseaux gaullistes agissaient dans l’ombre, aidés par quelques diplomates et notables, tandis que l’administration officielle restait fidèle à Vichy. Shanghai et Hong Kong offraient deux visages. La première abritait une activité gaulliste discrète mais tenace. La seconde, protégée par le drapeau britannique jusqu’en 1941, servit de point d’appui majeur à la France Libre en Asie.

Rodérick Egal en 1939

À Shanghai, les partisans de de Gaulle formèrent un petit noyau, actif mais isolé, autour du commerçant Rodérick Egal. Mais, dès 1941, sous la pression japonaise, la répression sévit : l’ambassadeur Henri Cosme et le consul pro-Vichy Roland de Margerie interdirent toute propagande gaulliste. Malgré cela, un réseau de renseignement travailla avec les Britanniques jusqu’à sa découverte en 1942.

À Hong Kong, la cause alliée trouva d’emblée un terrain plus favorable : dès juin 1940, la plupart des Français rallièrent de Gaulle. Sous l’impulsion du consul Louis Reynaud et d’un comité gaulliste, la colonie devient un point d’appui logistique (papiers, fonds, relais) pour les volontaires en route vers la France libre. En décembre 1941, l’engagement pris les armes : plusieurs Français rejoignirent le Hong Kong Volunteer Defence Corps durant la Bataille de Hong Kong. Certains tombèrent au combat ou furent exécutés, d’autres connurent l’internement. Puis, durant les 44 mois de l’occupation japonaise, la vie civile fut d’une rigueur extrême. En mars 1942, le consulat de France ferma ses portes sur ordre de Vichy, mais Louis Reynaud, consul à titre personnel, poursuivit son soutien à la France libre jusqu’à sa mort en juillet 1943.

Souvenir et mémoire

Plusieurs milliers de Français, civils et militaires, ont ainsi perdu la vie sur le vaste théâtre Asie-Pacifique pendant la Seconde Guerre Mondiale – y-compris en Chine. C’est ainsi qu’en 1948, une stèle fut érigée à Hong Kong au cimetière militaire de Stanley pour rappeler le sacrifice de ces Français libres.

Le Consulat de France à Hong Kong et ses attachés militaires participèrent régulièrement et jusqu’en 1997 aux cérémonies du souvenir. Après la rétrocession de Hong Kong à la République populaire de Chine, les fonctions d’attachés militaires furent supprimées et la tradition interrompue. Elle fut toutefois réactivée dès 2007 grâce à l’initiative du comité local du Souvenir Français. Depuis lors, la stèle des Français libres à Stanley demeure un lieu de mémoire actif. Chaque année, au début du mois de décembre, à l’occasion de l’anniversaire de la bataille de Hong Kong de 1941, une cérémonie émouvante y est organisée, en partenariat avec la Commonwealth War Graves Commission, gestionnaire du cimetière.

Cérémonie en date du 1er décembre 2023 avec les élèves du Lycée français international de Hong Kong

Références

  1. ↑ © Australian War Memorial.
  2. ↑ Marius Bar, via Wikimedia Commons.
  3. ↑ Auteur inconnu, via Wikimedia Commons.