La Gazette de Changhai : (56) Printemps 1927 : massacres et extorsions

De Histoire de Chine

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Rédigé par Charles Lagrange

Le 12 avril 1927, dès l’aube, démarre une campagne de massacre des communistes et des syndicalistes dans toute la ville de Changhai, le tout orchestré par Tchang Kaï-chek et mis en oeuvre par les séides des Bandes Verte et Rouge. Ce massacre sera suivi d’autres dans les provinces avoisinantes, dans lesquels milices ouvrières et paysannes seront pourchassées et massacrées. Pour arrêter les grèves et se voir débarrassé des milices, les capitalistes Changhaiens doivent mettre la main à la poche. Ce qui était au départ une contribution volontaire deviendra bientôt un racket mis en place par le Kuomintang pour financer son armée.  

Les massacres

Arrestation d’un suspect communiste

Dès l’aube du 12 avril 1927, une canonnière postée près de Nantao donne le signal de l’attaque. À 4 h du matin, 1 000 à 2 000 membres de la Bande Verte attaquent les bastions des piquets de grève et des permanences de L’Union Générale des Travailleurs (UGT). Ces derniers tentent de résister, mais sont désarmés par cinq bataillons de l'armée. À 16 h, on dénombre 400 morts et 900 arrestations parmi les ouvriers. Seul le Club récréatif de la presse commerciale, siège du Syndicat général des travailleurs communistes de Changhai, parvient à résister jusqu'au lendemain.

Les activistes sont embarqués dans les camions et emmenés à Longhua pour être fusillés et enterrés dans une fosse commune.

HMS Vindictive

Ku Chen Chung, dirigeant du siège de l’UGT, est fait prisonnier, alors que son adjoint, Zhou Enlai, membre du PCC, réussit à s’enfuir.

Une grève générale est néanmoins déclenchée le 13 avril 1927 : entre 50 000 et 100 000 manifestants protestent à Zhabei, bloquent le port, les tramways, les filatures de l’ouest et la plupart de celles de Yangtsepoo, le long du fleuve.

La manifestation est rapidement réprimée par l'armée, faisant une centaine de morts parmi les manifestants sur la route de Baoshan.

L'insurrection de Changhai est définitivement terminée et le 12 avril 1927 entre dans l'histoire comme le « massacre de Changhai ».

Une nouvelle vague de terreur blanche, initiée par Tchang Kaï-chek, frappe alors Changhai pendant les six mois suivants. On estime que les attentats du Kuomintang ont coûté la vie à 5 000 communistes, sympathisants de gauche et victimes collatérales.

Hsu Chien (1872-1940)    

Tchang a consolidé son pouvoir, mais au prix de l’unité du parti. Un conflit éclate entre le Kuomintang de Hankou (gauche) et celui de Nankin (droite), tandis que les seigneurs de guerre se regroupent pour résister à l’Armée rouge.

Pendant ce temps, des nouvelles inquiétantes parviennent des provinces : les grands propriétaires terriens et les masses paysannes en sont venus aux mains. Pendant tout le printemps, les paysans du Hunan et du Hubei s’emparent des terres, profanent les temples, « libèrent » les femmes, et chassent les missionnaires.

Le 21 avril, en plus du croiseur « Vindictive », un total de 35 navires de guerre étrangers sont ancrés le long du Bund.

Soong Qingling (1893-1981)

À Hankou, les autorités politiques du Kuomintang sont dirigées par des personnalités comme Hsu Chien, Ku Meng Yu et Soong Chingling. Les finances sont aux mains de Sun Fo, le fils du Docteur Sun Yat Sen, et Eugène Chen dirige les affaires étrangères. Celui-ci rassure les puissances et parvient à faire arrêter les grèves dans les sociétés américaines du Hunan, et rendre les édifices confisqués à leurs propriétaires légitimes.

Un mois plus tard, la 25e armée parvint à encercler Changsha, la capitale du Hunan, s’empare du QG de l’UGT et massacre tous ses membres dirigeants.

Massacre d’un communiste

C’est alors le signal de départ d’une campagne de massacres dans toutes les provinces environnantes qui font des dizaines de milliers de victimes.

Les exactions

Tchang Jen chieh

Dès mars 1927, Tchang Kaï-chek avait pris contact avec les banquiers de Changhai afin de se voir prêter des fonds pour financer son opération de « nettoyage » des milices ouvrières. Il traitait avec quelques figures prédominantes du monde financier Changhaien comme Yu Ya-Ching, Tchang Jen-Chieh et Kwang Pu Chen.

En 1915, Kwang Pu Chen avait été le co-fondateur de la première banque d’épargne moderne chinoise, la Shanghai Commercial and Saving Bank, ainsi d’ailleurs que la première agence de voyage chinoise, la China Travel Service. Il est aussi le co-fondateur de la compagnie d’assurance China Development Bank. Pendant la guerre sino-japonaise, il sera la clef de voute de la stabilité monétaire du gouvernement de Chongqing.

Kwang Pu Chen (1881-1945)

Une avance de 3 millions lui est consentie début avril, suivi d’un versement de 7 millions le 25 avril, une fois les opérations de « nettoyage » bien avancées….

Tchang a besoin de beaucoup plus de fonds car il doit prendre le contrôle de Hankou et poursuivre la marche de son armée vers le nord.

C’est pourquoi il se lance dans une politique de coercition et de persécutions, le tout sur l’autel de la lutte contre les communistes.

Il commence par émettre pour 30 millions de Dollars de bons du trésor à 0,7% d’intérêt mensuels. Ces bons sont garantis par les revenus d’une surtaxe douanière de 2,5% appliquée exclusivement dans la région de Changhai. Les capitalistes Changaiens sont « persuadés » d’acheter ces bons, parfois par la force.

Il entreprend ensuite de faire enlever les fils ou filles des banquiers et des gros commerçants de la place pour les faire ensuite libérer contre rançon.

En juin 1927 le Kuomintang crée la « ligue pour le boycott des Japonais ». Des inspecteurs sont nommés et se répandent dans les commerces afin de vérifier si le boycott est bien appliqué. Ceci fait bien évidemment l’objet d’exactions de rackets divers. Quelques semaines après est créée la « Ligue pour la rupture des relations commerciales avec le Japon » dont les appels aux dons font l’objet d’autres extorsions.  

Ce racket organise va durer jusqu'à l’automne 1927. Les banquiers Changhaiens, patriotes dans l’âme, sentent cependant que le soutien au nouveau régime ne va pas nécessairement de pair avec le profit.

Face aux piles de cadavres qui s’amoncellent dans les rues de Changhai et de Canton, Staline est contraint de reconnaître la « trahison de Tchang Kaï-chek », mais il ajoute que les événements ont confirmé la justesse de la ligne de l’Internationale Communiste ! Le PCC est sommé de s’allier à « l’aile gauche » du Kuomintang. Trotsky condamne cette politique, appelle à nouveau à l’indépendance du PCC et prédit une rapide réconciliation entre Tchang et ce soi-disant « Kuomintang de gauche », sur le dos des communistes.

De fait, après avoir interdit les grèves et fait massacrer des syndicalistes, la « gauche » du Kuomintang se rallie à Tchang en juillet 1927. Pour étouffer toute critique de sa ligne désastreuse, la direction stalinienne exclut les oppositionnels de gauche du PC soviétique et accuse la direction du PC chinois, qui n’a fait que lui obéir, d’être responsable de l’échec de la révolution.

Pour tenter de faire oublier ce désastre, le PCC reçoit de Moscou l’ordre de lancer immédiatement des insurrections pour créer des « soviets chinois »…

Malgré le racket des banquiers, ceux-ci vont très vite se refaire dans ce qui va vite devenir un boom économique. C’est ce que nous verrons dans un prochain article. Mais avant cela, 1927 correspond aussi à la première année de fonctionnement du tout nouveau Cercle Sportif Français, inauguré fin 1926 sur l’avenue Cardinal Mercier, et c’est ce que nous verrons dans le prochain article. Restez branchés...